Abdul El-Sayed : « Je suis resté moi-même pendant 42 ans » — le nouveau sénateur du Michigan défend une Amérique ouverte et inclusive

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Le sénateur américain élu du Michigan, Abdulrahman El-Sayed, a livré plusieurs messages politiques et humanistes forts lors de ses premières interviews télévisées après sa victoire aux élections sénatoriales. Il a affirmé que son succès ne constituait pas seulement une victoire électorale, mais traduisait également le rejet, par les électeurs, des discours de haine et de discrimination, ainsi que leur attachement à une Amérique qui accueille tous ses citoyens, quelles que soient leur religion, leurs origines ou leur histoire personnelle.


Invité de l'émission Morning Joe, diffusée sur la chaîne MS NOW (anciennement MSNBC), il est revenu sur son expérience durant la campagne, les attaques visant son identité religieuse et ses origines égyptiennes, ainsi que sur sa vision du mandat à venir. Il a également évoqué ses priorités économiques et sociales, sa volonté de travailler avec le président Donald Trump et les républicains, ses positions sur Israël et la guerre à Gaza, ainsi que la nécessité de protéger les juifs, les musulmans et les Palestiniens contre la discrimination et les violences.




« Je suis resté moi-même pendant 42 ans » : les électeurs ont rejeté les discours de peur

Les présentateurs ont d'abord souligné que sa victoire dépassait les clivages politiques et partisans, notamment au regard des attaques dont il avait fait l'objet pendant la campagne. Celles-ci visaient sa religion, son nom et son identité, certains tentant d'associer son appartenance à l'islam à des accusations de terrorisme ou de sympathie envers des groupes extrémistes.

En réponse, El-Sayed a rappelé qu'il avait vécu pendant 42 ans avec son nom, son identité et sa foi, sans jamais avoir eu besoin de changer qui il était pour gagner la confiance des électeurs.

Il a estimé qu'une minorité de personnes aux idées étroites parvenait souvent à faire entendre sa voix en prétendant parler au nom de toute la société, alors qu'elle ne reflétait pas les véritables opinions de la majorité. Selon lui, ces personnes ne cherchent pas à dialoguer avec leurs concitoyens et ne connaissent pas réellement leurs aspirations.

Il a expliqué avoir fait le pari que les habitants du Michigan rejetteraient ce type de discours et choisiraient l'ouverture et la diversité plutôt que la division. Le résultat du scrutin montre, selon lui, que l'État dans lequel il a grandi reste attaché aux valeurs de coexistence, d'ouverture et de respect des différences.

Il a également insisté sur l'importance de son message pour les enfants qui ont suivi les attaques dont il a été la cible pendant la campagne, ainsi que pour toutes les personnes qui ont déjà eu le sentiment de ne pas être les bienvenues en raison de leur nom, de leur manière de prier, de la couleur de leur peau ou de leurs origines familiales.

Il a raconté avoir reçu des appels de personnes qui ne savaient pas comment expliquer à leurs enfants ce qui se passait. Sa réponse a été la suivante : « L'histoire n'est pas terminée, nous ne sommes qu'au milieu du film. » Une manière de rappeler que la discrimination ne doit pas être une fatalité et qu'il est possible de la combattre lorsque la société reste fidèle à ses valeurs.

Pour lui, sa victoire adresse un message clair à chaque enfant ou jeune qui s'est un jour senti différent ou visé : son identité ne constitue pas un obstacle à sa participation à la vie publique ni à sa réussite.

Une victoire malgré des moyens financiers considérables : rester fidèle à ses convictions

Interrogé sur les raisons de son succès, El-Sayed a estimé que sa campagne reposait principalement sur deux éléments : la priorité accordée au pouvoir d'achat des citoyens et sa constance dans les positions défendues tout au long de la course électorale.

Il a expliqué que l'authenticité en politique ne se limite pas à la manière de présenter un discours ou de communiquer. Elle repose avant tout sur la cohérence entre les paroles et les actes d'un candidat, ainsi qu'entre ses promesses et les positions qu'il défend.

Il a révélé que sa campagne avait dû faire face à un déséquilibre financier considérable. Lors des primaires, les dépenses engagées en faveur de son adversaire ont dépassé d'environ onze fois les sommes collectées par sa propre équipe, soit un écart d'environ 70 millions de dollars. Lors de l'élection générale, il a également dû faire face à un avantage financier supplémentaire de l'ordre de 110 millions de dollars pour son adversaire.

Il a toutefois assuré que cette situation ne l'avait pas conduit à modifier son discours ni à abandonner les sujets au cœur de sa campagne. Il a continué à se rendre dans différentes régions et à défendre les mêmes priorités, qu'il s'agisse de l'économie, de la santé ou de la justice sociale.

Selon lui, les électeurs posent deux questions essentielles à chaque candidat : que compte-t-il défendre et comment peuvent-ils être sûrs qu'il tiendra réellement ses engagements ? C'est précisément sa constance qui leur aurait permis de croire qu'il continuerait à défendre les causes annoncées.

Il a également souligné qu'il n'avait pas hésité à intervenir dans des médias aux orientations politiques diverses, notamment sur Fox News, ni à débattre avec des journalistes et des présentateurs qui ne partageaient pas ses opinions. Il dit croire au pouvoir du dialogue pour faire évoluer les points de vue et déconstruire les préjugés.

Il a notamment évoqué un échange avec le présentateur Jesse Watters au sujet des milliardaires. À cette occasion, il a défendu la nécessité de construire un système économique offrant aux enfants de meilleures perspectives en matière d'éducation et de conditions de vie, plutôt que de favoriser la concentration des richesses et l'enrichissement toujours plus important des grandes fortunes.

Il a précisé que son objectif n'était pas de s'attaquer à la réussite économique, mais de réclamer un système garantissant à chacun de véritables possibilités d'avancer, d'accéder à une bonne éducation, de bénéficier de salaires équitables et de construire un avenir meilleur.

L'économie en priorité : emplois, salaires et accès aux soins

Abordant les priorités qui ont guidé sa campagne, El-Sayed a souligné que les questions économiques figuraient au premier rang des préoccupations des électeurs. Les citoyens attendent des réponses concrètes face à la hausse des prix du carburant et des produits alimentaires, aux difficultés d'accès aux soins, aux pertes d'emplois et à la baisse du pouvoir d'achat.

Il a estimé que la réussite d'un projet politique devait se mesurer à sa capacité à améliorer la vie quotidienne des citoyens, et non aux succès médiatiques ou aux affrontements entre partis.

Son programme repose notamment sur la réduction de l'influence de l'argent en politique, la restitution du pouvoir d'achat aux citoyens, la mise en place d'un accès aux soins pour tous et la défense du programme Medicare face aux réductions budgétaires. Il entend également s'attaquer aux difficultés économiques auxquelles sont confrontées les familles américaines.

Interrogé sur la possibilité que le président Donald Trump travaille avec les démocrates après les élections, il s'est déclaré prêt à coopérer avec toute partie désireuse d'obtenir des résultats concrets au bénéfice des Américains. La politique, a-t-il insisté, ne doit pas devenir un instrument de vengeance contre les adversaires.

Il ne s'agit pas de régler des comptes politiques, mais de faire respecter la loi et de défendre les intérêts des citoyens. Il s'est ainsi dit prêt à rencontrer le président et à travailler avec lui si cela permet d'améliorer les services de santé, de mettre fin aux guerres qui ne servent pas les intérêts américains et de revenir sur les droits de douane qui, selon lui, ont détérioré les relations économiques avec le Canada et affecté l'emploi.

El-Sayed a rappelé que Donald Trump était le président des États-Unis et disposait de larges prérogatives, tandis que lui-même ne serait qu'un sénateur parmi les cent membres de la chambre haute. Il reste néanmoins disposé au dialogue et à la coopération dès lors qu'il existe une volonté commune de servir la population.

Pas de vengeance politique : le dialogue reste ouvert, même avec les adversaires

Interrogé sur ses futures relations avec les élus républicains qui l'avaient critiqué ou attaqué pendant la campagne, notamment le sénateur Ted Cruz, El-Sayed a affirmé qu'il était prêt à travailler avec eux si les échanges reposaient sur une réelle bonne foi.

Il a expliqué qu'il ne considérait pas la politique comme un terrain de règlement de comptes et que riposter aux attaques personnelles ne constituait pas la raison de son entrée au Sénat.

Sa mission ne se limitera pas au dialogue avec les autres membres de la chambre haute. Elle consistera surtout à rester en contact avec les citoyens qui les ont élus et à les encourager à demander à leurs représentants de soutenir les lois susceptibles d'améliorer leur quotidien.

Il a ajouté que le travail politique ne devait pas consister à réclamer une confiance aveugle envers les élus. Il s'agit plutôt d'expliquer les solutions proposées, d'en démontrer l'efficacité et de transformer les promesses en projets de loi et en textes législatifs applicables.

Il a assuré qu'il poursuivrait ses échanges directs avec les citoyens après son entrée au Sénat, en se rendant dans les communautés locales, en écoutant leurs préoccupations et en les convainquant de soutenir les initiatives répondant à leurs intérêts.

« Un parti à l'image de l'Amérique » : la diversité est une force

Dans un autre passage de l'entretien, le sénateur élu a évoqué la forte participation électorale de différentes catégories de la population, notamment les électeurs noirs, arabes et les jeunes. Selon lui, cette mobilisation ne s'explique pas uniquement par la situation économique : elle traduit également le rejet des discours qui rendent les minorités et les immigrés responsables des échecs politiques et économiques.

Il a rappelé que les discriminations raciales restaient une réalité aux États-Unis et que les crises économiques touchaient plus durement encore les populations déjà confrontées à des possibilités limitées et à des difficultés d'accès au marché du travail.

Il a dénoncé des discours et des politiques qui préfèrent désigner des communautés comme responsables des difficultés en raison de leur nom, de leurs origines ou de leur apparence, plutôt que d'assumer les échecs économiques. Une approche qui, selon lui, a conduit de nombreux électeurs à rejeter ce discours.

Les citoyens qui ont perdu leur emploi ou subi les conséquences de la situation économique ne veulent pas que leur situation soit imputée à des personnes différentes d'eux par leur nom, leur couleur de peau ou leur culture.

Commentant la diversité des personnalités ayant remporté des succès électoraux, il a rappelé que les États-Unis étaient une société plurielle et que les institutions politiques devaient refléter cette réalité. « Nous sommes à l'image de l'Amérique », a-t-il déclaré.

Il a toutefois critiqué une conception de la diversité qui consiste à opposer les différentes communautés et à s'adresser séparément à chacune d'elles. Il estime au contraire qu'il faut construire un socle commun autour des besoins quotidiens des citoyens, loin des surenchères identitaires.

Quelles que soient leurs origines, leur religion ou leur manière de prier, les citoyens partagent les mêmes attentes : un emploi stable et correctement rémunéré, des soins de santé accessibles, une retraite sûre, un logement abordable et de bonnes écoles pour leurs enfants.

Il a également souligné que la défense des droits ne devait pas dépendre de l'identité d'une personne ni de la manière dont elle exerce ses libertés. Les droits fondamentaux doivent être garantis à tous, et toute tentative de priver une catégorie de citoyens de ses droits constitue une menace pour les droits de chacun.

C'est, selon lui, sur cette conception que doit reposer l'action politique : garantir les conditions d'une vie digne, protéger les libertés et construire une large coalition capable de répondre aux véritables problèmes de la société.

Un message aux juifs américains : la sécurité de vos enfants est aussi importante que celle des miens

L'un des passages les plus sensibles de l'entretien a porté sur le message qu'il souhaitait adresser aux électeurs juifs du Michigan et des États-Unis, dans un contexte marqué par les inquiétudes croissantes face à l'antisémitisme et par les controverses suscitées pendant la campagne par ses positions sur Israël.

El-Sayed a expliqué avoir grandi dans un environnement où les élèves juifs représentaient environ 40 % de sa promotion au lycée. Depuis son enfance, il avait l'habitude de se rendre dans des synagogues et de participer à des repas de Pessah ainsi qu'à des cérémonies de Bar et Bat Mitsva.

Il a affirmé éprouver un profond respect pour la religion juive et pour la contribution des juifs à la vie américaine. Il a ajouté qu'il savait lui aussi ce que signifiait être victime de discrimination en raison de sa manière de prier ou de son appartenance religieuse.

Il a insisté sur le fait que la Constitution américaine devait protéger tout le monde sans distinction, que les citoyens choisissent de pratiquer une religion ou de n'en suivre aucune. Qu'une personne puisse craindre pour sa sécurité dans une synagogue ou une école religieuse est, selon lui, totalement inacceptable.

Évoquant son expérience personnelle de père, il a expliqué comprendre l'inquiétude des parents lorsqu'ils déposent leurs enfants à la mosquée et se demandent s'ils pourront revenir les chercher en toute sécurité.

Il a déclaré sans ambiguïté qu'il était aussi déterminé à protéger les enfants juifs qu'à protéger les siens, estimant que garantir la sécurité de tous, quelle que soit leur religion, constitue une responsabilité commune et indivisible.

Israël n'est pas le judaïsme : critiquer la politique du gouvernement israélien n'est pas de l'antisémitisme

Pour clarifier ses positions sur Israël, El-Sayed a insisté sur la nécessité de distinguer la religion juive et les juifs, d'une part, du gouvernement israélien et de ses politiques, d'autre part. Confondre une position critique à l'égard d'un gouvernement étranger avec une hostilité envers une religion ou une communauté religieuse est, selon lui, inacceptable.

Il a expliqué que le désaccord portait essentiellement sur la politique étrangère américaine à l'égard du gouvernement israélien, sur les milliards de dollars que Washington lui apporte et sur les armes qui lui sont vendues. Des armes qui, selon lui, ont été utilisées dans des opérations militaires qu'il qualifie de génocide et d'apartheid.

Il a dénoncé le fait de présenter les appels à mettre fin aux massacres d'enfants et de civils palestiniens comme l'expression d'une haine envers les juifs. Défendre la vie d'un enfant palestinien n'est pas incompatible avec la protection d'un enfant juif, a-t-il affirmé, rappelant que son principe repose sur l'égalité de la valeur des vies humaines et des droits.

Il a ajouté que les États-Unis devraient être parmi les premiers pays à défendre le droit international, mais qu'ils avaient, selon ses termes, abandonné leurs principes dans leur approche de la guerre à Gaza.

Il a également évoqué la poursuite de ce qu'il décrit comme des politiques d'apartheid en Cisjordanie et les restrictions imposées à l'accès des habitants de Gaza aux ressources essentielles. La situation humanitaire et politique dans le territoire exige, selon lui, une position claire.

S'opposer à l'utilisation de l'argent des contribuables américains pour financer ces pratiques ne signifie pas haïr les juifs ou le peuple israélien. Il s'agit, a-t-il expliqué, de refuser que l'argent public serve à financer des actes contraires aux principes que les États-Unis sont censés défendre.

Pour illustrer son raisonnement, il a pris l'exemple de l'Égypte, pays d'origine de sa famille. Il a expliqué qu'il refuserait que quiconque présume de son approbation d'éventuelles violations des droits humains commises par le gouvernement égyptien au seul motif qu'il est d'origine égyptienne.

Il a insisté sur le fait que les gouvernements doivent être jugés à partir de leurs politiques et de leurs actes, et non de la religion ou des origines ethniques de leurs citoyens. Un principe qui, selon lui, doit s'appliquer à tous les pays sans exception.

Suspendre l'aide et les ventes d'armes : un appel à revoir la politique américaine

Interrogé sur l'annonce de Donald Trump concernant son intention de mettre fin à l'aide militaire à Israël, El-Sayed a exprimé son soutien à cette orientation. Il estime que les États-Unis ne devraient pas continuer à soutenir une armée étrangère qui utilise, selon ses termes, les armes et les fonds américains pour commettre de graves violations.

Il s'est déclaré prêt à travailler avec Donald Trump pour mettre fin à cette aide, ajoutant que la question ne devait pas se limiter au soutien financier, mais également porter sur la révision des ventes d'armes américaines à Israël.

Il a affirmé ne voir aucune justification à la poursuite de ces ventes à un État qui, selon lui, utilise ces armes dans des opérations militaires contraires au droit international.

Cette position traduit un appel à une révision plus large de la politique américaine au Moyen-Orient, afin que le soutien militaire et les relations avec les gouvernements étrangers soient soumis aux exigences des droits humains et du droit international, plutôt que considérés comme des engagements permanents échappant à tout contrôle.

Pour un avenir où les enfants palestiniens et israéliens n'auront plus à craindre la violence

En conclusion, El-Sayed a évoqué sa vision d'un avenir dans lequel les enfants palestiniens et les enfants juifs israéliens, qui grandissent sur la Terre sainte, pourraient envisager leur vie sans que leur avenir soit constamment menacé par la violence et les agressions.

L'objectif, a-t-il déclaré, doit être de parvenir à une réalité où chaque enfant pourra grandir et préparer son avenir sans craindre que des actes de violence le privent de son droit à la vie et à la sécurité.

Cette interview témoigne de la volonté d'Abdulrahman El-Sayed de défendre une vision politique qui dépasse les divisions identitaires. Il entend associer la défense des libertés religieuses, le rejet de l'antisémitisme et des discriminations contre les musulmans, la protection des Palestiniens et la révision de l'aide militaire américaine à Israël.

Son message aux électeurs américains souligne également que les divergences politiques ne doivent pas empêcher la coopération et qu'une victoire électorale ne prend tout son sens que lorsqu'elle se traduit par des politiques et des lois capables d'améliorer concrètement la vie des citoyens.

Pour El-Sayed, le nom, la religion ou les origines d'un citoyen ne doivent jamais déterminer ses droits ou ses chances de réussite. De même, les relations extérieures des États-Unis ne doivent pas échapper aux principes et aux exigences de responsabilité que le pays affirme défendre sur son propre territoire.

Cette intervention intervient après sa victoire, le 3 novembre, aux élections sénatoriales dans le Michigan. Démocrate d'origine égyptienne âgé de 42 ans, il a battu son adversaire républicain Mike Rogers, devenant ainsi le premier musulman élu au Sénat des États-Unis. Il doit prendre ses fonctions en janvier 2027.

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