Seymour Hersh: La ''rorientation''




Par Seymour Hersh (New Yorker)
Ces derniers mois, alors que la situation en Irak s'est dtriore, l'Administration Bush, tant dans sa diplomatie publique que dans ses oprations secrtes, a modifi sensiblement sa stratgie au Proche-Orient. Cette "rorientation", comme certains initis de la Maison Blanche ont appel cette nouvelle stratgie, a conduit les Etats-Unis se rapprocher d'une confrontation ouverte avec l'Iran. Et, dans des parties de cette rgion, cette stratgie a dclench un conflit sectaire croissant entre Musulmans chiites et Musulmans sunnites.


Pour miner l'Iran, qui est prdominance chiite, l'Administration Bush a dcid, en fait, de reconfigurer ses priorits au Moyen-Orient. Au Liban, elle a coopr avec le gouvernement saoudien, qui est sunnite, dans des oprations clandestines destines affaiblir le Hezbollah, l'organisation chiite soutenue financirement par l'Iran. Les Etats-Unis ont aussi pris part des oprations clandestines visant l'Iran et son allie la Syrie. Un effet secondaire de ces activits a t de renforcer les groupes sunnites extrmistes, pousant une vision militante de l'Islam et qui sont hostiles l'Amrique et favorables al-Qada.

..
...

La nouvelle politique du gouvernement tasunien
bnficie-t-elle ses ennemis dans la guerre contre le terrorisme ?



Un aspect contradictoire de cette nouvelle stratgie est que, en Irak, la majorit des violences lies l'insurrection et diriges contre l'arme amricaine est venue des forces sunnites, pas chiites. Mais du point de vue de l'Administration, la consquence stratgique la plus profonde &mdash et non voulue &mdash de la guerre d'Irak est la monte en puissance de l'Iran. Son prsident, Mahmoud Ahmadinejad, a fait des annonces de dfi propos de la destruction d'Isral et du droit de son pays de poursuivre son programme nuclaire. La semaine dernire, son dirigeant suprme religieux, l'Ayatollah Ali Khamenei, a dclar la tlvision d'Etat que "les ralits de la rgion dmontrent que le front arrogant, dirig par les Etats-Unis et leurs allis, sera le principal perdant dans la rgion."

Aprs que la rvolution de 1979 eut port un gouvernement religieux au pouvoir, les Etats-Unis rompirent avec l'Iran et cultivrent des relations plus troites avec les dirigeants des Etats arabes sunnites, comme la Jordanie, l'Egypte et l'Arabie Saoudite. Ce calcul est devenu plus complexe aprs les attaques du 11 septembre, en particulier vis--vis des Saoudiens. Al-Qada est sunnite et beaucoup de ses agents venaient de cercles extrmistes religieux, au sein de l'Arabie Saoudite. Avant l'invasion de l'Irak, en 2003, les responsables de l'Administration, influencs par les idologues noconservateurs, supposaient qu'un gouvernement chiite, l-bas, pourrait apporter un quilibre pro-amricain face aux extrmistes sunnites, puisque la majorit chiite irakienne avait t oppresse sous Saddam Hussein. Ils ont ignor les mises en garde de la communaut de l'Intelligence concernant les liens entre les dirigeants chiites irakiens et l'Iran, o quelques-uns avaient vcu en exil pendant des annes. Maintenant, au dsarroi de la Maison Blanche, l'Iran a forg une relation troite avec le gouvernement domination chiite du Premier ministre Nouri al-Maliki.

La nouvelle politique amricaine, dans ses grandes lignes, a t dbattue publiquement. La Secrtaire d'Etat Condoleeza Rice, lors de son audition devant la Commission Snatoriale des Affaires Etrangres, en janvier, a dclar qu'il y a "un nouvel alignement stratgique au Proche-Orient", sparant les "rformistes" et les "extrmistes". Elle a parl des Etats sunnites comme centres de modration et dclar que l'Iran, la Syrie et le Hezbollah taient "de l'autre ct de cette partition". (En Syrie, la majorit sunnite est domine par la secte des Alaouites) L'Iran et la Syrie, a-t-elle dit, "ont fait leur choix et leur choix et de dstabiliser".

Cependant, certaines tactiques centrales de cette "rorientation" n'ont pas t rendues publiques. Dans certains cas, les oprations clandestines ont t gardes secrtes, en laissant l'excution du financement aux Saoudiens ou en trouvant d'autres moyens pour aborder le processus normal des affectations au congrs. C'est ce qu'ont dclar d'actuels et anciens fonctionnaires proches du Gouvernement.

Un membre suprieur de la Commission des Affectations de la Chambre m'a dit qu'il avait entendu parler de cette nouvelle stratgie, mais qu'il avait le sentiment que ses collgues et lui-mme n'avaient pas t tenus au courant de faon adquate. "Nous n'avons obtenu rien de cela", a-t-il dclar. "Nous demandons tre informs sur tout ce qui se passe et ils rpondent qu'il ne se passe rien. Et lorsque nous posons des questions spcifiques, ils disent : 'Nous revenons vers vous'. Rien n'est plus nervant !"

Les acteurs-cls qui se trouvent derrire cette rorientation sont le Vice-prsident Dick Cheney, le conseiller adjoint la scurit nationale, Elliott Abrams, l'ambassadeur en Irak sur le dpart (et nomm pour tre ambassadeur aux Nations-Unies), Zalmay Khalilzad, ainsi que Prince saoudien Bandar ben Sultan, conseiller la scurit nationale. Tandis que Rice tait implique en profondeur dans le faonnage de la politique publique, d'anciens et actuels fonctionnaires ont dclar que le ct clandestin avait t guid par Cheney. (Le cabinet de Cheney et la Maison Blanche ont refus tout commentaire pour cet article. Le Pentagone n'a pas rpondu aux requtes spcifiques, mais il a dclar : "Les Etats-Unis n'ont pas prvu de faire la guerre l'Iran".)

Ce changement politique a conduit l'Arabie Saoudite et Isral adopter un nouveau soutien mutuel stratgique, en grande partie parce que ces deux pays voient l'Iran comme une menace existentielle. Ils ont t impliqus dans des pourparlers directs et les Saoudiens, qui pensent qu'une plus grande stabilit en Isral et en Palestine donnerait moins de force d'appui dans la rgion l'Iran, sont devenus plus impliqus dans les ngociations isralo-arabes.

Cette nouvelle stratgie "est une modification majeure de la politique amricaine &mdash c'est une transformation radicale", a dclar un conseiller du gouvernement tasunien qui entretient des liens troits avec Isral. Les Etats sunnites "taient ptrifis l'ide d'une rsurgence chiite et il y avait un mcontentement croissant concernant notre pari sur les Chiites modrs en Irak", a-t-il dit. "Nous ne pouvons pas inverser ce que les Chiites ont gagn en Irak, mais nous pouvons les contenir."

"Il semble qu'il y ait eu un dbat au sein du gouvernement sur ce qui constitue le plus grand danger : l'Iran ou les radicaux sunnites," m'a dit Vali Nasr, un membre suprieur du Council on Foreign Relations, qui a beaucoup crit sur les Chiites, l'Iran et l'Irak. "Les Saoudiens et certains au sein de l'Administration ont dfendu l'argument selon lequel la plus grande menace est l'Iran et que les radicaux sunnites sont des ennemis de moindre importance. C'est une victoire pour la ligne saoudienne."

Martin Indyk, un haut responsable du Dpartement d'Etat dans l'Administration Clinton, qui a aussi servi comme ambassadeur auprs d'Isral, a dclar que "le Moyen-Orient se dirigeait vers une grave Guerre Froide entre les Chiites et les Sunnites." Indyk, qui est le directeur du Saban Center for Middle East Policy la Brookings Institution, a ajout qu' son avis il n'tait pas trs clair si la Maison Blanche avait pleinement conscience des implications stratgiques de sa nouvelle politique. "La Maison Blanche ne se contente pas de doubler la mise en Irak," a-t-il dclar. "Elle double la mise dans toute la rgion. Ceci pourrait devenir trs compliqu. Tout est sens dessus dessous."

La nouvelle politique de l'Administration pour contenir l'Iran semble compliquer sa stratgie pour gagner la guerre en Irak. Patrick Clawson, un expert sur l'Iran et directeur adjoint de la recherche du Washington Institute for Near East Policy, affirmait toutefois que des liens plus troits entre les Etats-Unis et des Sunnites modrs, voire radicaux, pourraient installer la "peur" dans le gouvernement du Premier ministre Maliki et "faire en sorte qu'il s'inquite que les Sunnites puissent vraiment gagner" la guerre civile, l-bas. Clawson a dclar que cela pourrait inciter Maliki cooprer avec les Etats-Unis pour supprimer les milices chiites radicales, telles que l'Arme du Mehdi de Moqtada al-Sadr.

Mme ainsi, les tats-Unis restent dpendants, pour le moment, de la coopration des dirigeants chiites irakiens. L'arme du Mehdi est peut-tre ouvertement hostile aux intrts amricains, mais d'autres milices chiites comptent parmi les allis des tats-Unis. Tant Moqtada al-Sadr que la Maison blanche soutiennent Maliki. Un mmorandum crit l'anne dernire par Stephen Hadley, le conseiller la scurit nationale, suggrait l'Administration d'essayer de sparer Maliki de ses allis chiites les plus radicaux, en construisant sa base auprs des Sunnites et des Kurdes modrs. Mais, jusqu' prsent, la tendance a t exactement en sens contraire. Tandis que l'arme irakienne a continu de s'embourber dans ses confrontations avec les insurgs, le pouvoir des milices chiites a cru constamment.

Flynt Leverett, un ancien fonctionnaire du National Security Council de l'Administration Bush, m'a dit qu'"il n'y a rien de fortuit ou d'ironique" dans la nouvelle stratgie relative l'Irak. "L'administration construit des arguments selon lesquels l'Iran est plus dangereux et fait plus de provocation que les insurgs sunnites pour les intrts amricains en Irak, alors que &mdash si vous regardez les chiffres des pertes &mdash la punition inflige l'Amrique par les sunnites est d'une toute autre ampleur," a dclar Leverett. "Tout cela fait partie d'une campagne de provocation par tapes pour accrotre la pression sur l'Iran. L'ide est qu' un moment donn les Iraniens riposteront et, alors, l'Administration disposera d'une ouverture pour les attaquer".

Le prsident George W. Bush, dans un discours prononc le 10 janvier dernier, a expliqu en partie cette approche. "Ces deux rgimes" &mdash l'Iran et la Syrie &mdash "permettent aux terroristes et aux insurgs d'utiliser leurs territoires pour entrer et sortir d'Irak," a dclar Bush. "L'Iran fournit un support matriel pour les attaques contre les troupes amricaines. Nous ferons cesser ces attaques contre nos forces. Nous interromprons le flux de soutien venant d'Iran et de Syrie. Et nous traquerons et dtruirons les rseaux qui fournissent n tribunal international.)

Patrick Clawson, du Washington Institute for Near East Policy, a dcrit la coopration des Saoudiens avec la Maison blanche comme tant une avance importante. "Les Saoudiens comprennent que s'ils veulent que l'administration fasse une offre politique plus gnreuse aux Palestiniens, ils doivent persuader les Etats arabes de faire une offre plus gnreuse aux Israliens," m'a dit Clawson. La nouvelle approche diplomatique, a-t-il ajout, "montre un rel degr d'effort et de sophistication, ainsi qu'une touche de dextrit laquelle l'Administration ne nous a pas toujours habitus. Qui prend le plus grand risque &mdash nous ou les Saoudiens ? un moment o l'image de l'Amrique au Proche-Orient est extrmement mauvaise, les Saoudiens nous soutiennent vraiment. Nous devrions nous estimer heureux !"

Le conseiller du Pentagone, lui, avait un point de vue diffrent. Il a dit que l'Administration s'tait tourn vers Bandar en "repli", parce qu'elle avait ralis que la guerre en Irak qui avait chou pourrait laisser le Proche-Orient comme "une proie facile".
Des Djihadistes au Liban
Aprs l'Iran, l'attention de la relation amricano-saoudienne s'est porte sur le Liban, o les Saoudiens ont t profondment impliqus dans les efforts de l'Administration pour soutenir le gouvernement libanais. Le Premier ministre Fouad Siniora lutte pour rester au pouvoir, face l'opposition persistante mene par le Hezbollah (l'organisation chiite) et son chef, le Cheik Hassan Nasrallah. Le Hezbollah dispose d'une infrastructure tendue, d'une force estime deux ou trois mille combattants et des milliers de membres additionnels.

Le Hezbollah figure depuis 1997 sur la liste des organisations terroristes du Dpartement d'tat. Cette organisation a t implique dans l'attentat la bombe de 1983 contre la caserne des Marines Beyrouth, qui a tu 241 soldats. Elle a aussi t accuse de complicit dans l'enlvement d'Amricains, dont le chef de poste de la CIA au Liban, qui est mort en captivit, et d'un colonel des Marines qui servait dans les forces de maintien de la paix de l'ONU et qui a t tu. (Nasrallah a dmenti que son groupe ait t impliqu dans ces incidents.) Nasrallah est peru par beaucoup comme un ardent terroriste, qui a dclar que l'tat d'Isral n'a aucun droit d'exister. Cependant, nombreux sont ceux dans le monde arabe, en particulier les Chiites, qui le considrent comme un chef de la rsistance qui a rsist Isral pendant la guerre de l't dernier, qui a dur 33 jours. De la mme manire, ceux-l considrent aussi Siniora comme un mdiocre politicien qui compte sur le soutien de l'Amrique mais qui a t incapable de persuader le Prsident Bush d'appeler la fin dl'armement sophistiqu et l'entranement nos ennemis en Irak."

Dans les semaines qui ont suivi, il y a eu une vague d'affirmations venant de l'administration, au sujet de l'implication iranienne dans la guerre en Irak. Le 11 fvrier, on a prsent aux journalistes des engins explosifs sophistiqus, pris en Irak, que l'Administration prtendait provenir d'Iran. Le message de l'Administration tait, pour l'essentiel, que la situation sinistre en Irak tait le rsultat, non pas de ses propres erreurs de prparation et d'excution, mais de l'ingrence de l'Iran.

Les militaires tasuniens ont aussi arrt et interrog des centaines d'iraniens en Irak. "En aot dernier, il a t demand aux militaires d'attraper autant d'Iraniens que possible en Irak," a expliqu un ancien responsable des services secrets. "A un moment, ils en avaient cinq cents sous les verrous. Nous travaillons ces gars et nous en tirons des informations. Le but de la Maison blanche est de monter un dossier accusant les Iraniens d'avoir foment l'insurrection et de l'avoir fait depuis le dbut &mdash accusant en fait l'Iran de soutenir l'assassinat d'Amricains." Ce conseiller du Pentagone a confirm que des centaines d'Iraniens avaient t capturs, ces derniers mois, par les forces amricaines. Mais il m'a racont que parmi eux il y avait beaucoup de travailleurs humanitaires iraniens qui "sont cueillis et relchs rapidement", aprs avoir t interrogs.

"Nous ne prparons pas de guerre contre l'Iran" a annonc Robert Gates, le nouveau Secrtaire d'tat la Dfense, le 2 fvrier. Et, pourtant, l'atmosphre de confrontation est devenue plus pesante. Selon des agents des services de renseignement et des officiels de l'arme, actuels et anciens, des oprations secrtes au Liban ont t accompagnes d'oprations clandestines visant l'Iran. Des militaires amricains et des quipes des oprations spciales ont intensifi leurs activits en Iran pour collecter des renseignements et, selon un ancien conseiller du Pentagone en matire de terrorisme et ancien responsable des services secrets, ils ont aussi travers la frontire la poursuite d'agents iraniens revenant d'Irak.

Lorsque Rice s'est prsente devant le Snat en janvier dernier, le snateur Dmocrate du Delaware, Joseph Biden, lui a demand avec insistance si les tats-Unis prvoyaient de franchir, au cours d'une poursuite, les frontires iranienne ou syrienne. "videmment, le Prsident ne va rien carter pour protger nos troupes, mais notre plan est de dmanteler ces rseaux en Irak," a dclar Rice, ajoutant, "je pense vraiment que tout le monde comprendra cela &mdash le peuple amricain et moi-mme supposons que le Congrs attend du Prsident qu'il fasse tout ce qui est ncessaire pour protger nos forces."

La rponse ambigu de Rice a dclench une riposte de la part du snateur Rpublicain du Nebraska Chuck Hagel, qui a critiqu l'Administration : "Certains d'entre nous se souviennent de 1970, Madame la Secrtaire. C'tait au Cambodge. Et lorsque notre gouvernement a menti au peuple amricain en disant : "Nous n'avons pas franchi la frontire cambodgienne", la ralit est que nous l'avions fait.

Il se trouve que je sais des choses ce sujet, comme d'autres dans cette commission. Alors, Madame la Secrtaire, quand vous mettez en route la sorte de politique que le Prsident expose ici, c'est trs, trs dangereux."

La proccupation de l'administration concernant le rle de l'Iran en Irak va de paire avec l'alerte qu'elle a mise depuis longtemps sur le programme nuclaire iranien. Le 14 janvier [2007], sur Fox News, Cheney mettait en garde sur la possibilit, d'ici quelques annes, "d'un Iran dot de l'arme nuclaire, dominant l'approvisionnement mondial en ptrole, capable d'avoir une influence ngative sur l'conomie mondiale, prt se servir d'organisations terroristes et/ou ses armes nuclaires pour menacer ses voisins et d'autres dans le monde entier." Il a aussi dclar : "Si vous allez discuter avec les tats du Golfe ou si vous discutez avec les Saoudiens ou si vous discutez avec les Israliens ou les Jordaniens, la rgion tout entire est inquite... La menace que reprsente l'Iran grandit."

A l'heure actuelle, l'Administration examine une vague de nouveaux renseignements sur les programmes nuclaires iraniens. D'actuels et anciens responsables amricains m'ont racont que ces renseignements, qui proviennent d'agences israliennes oprant en Iran, contiennent une affirmation selon laquelle l'Iran a dvelopp un missile intercontinental trois tages et carburant solide, capable d'envoyer plusieurs petites ogives &mdash chacune ayant une prcision limite &mdash sur le territoire europen. La crdibilit de ce renseignement d'origine humaine est toujours discute.

Un argument similaire sur la menace imminente que reprsentaient les armes de destruction massive &mdash et les doutes sur les sources de renseignement utilises pour monter cette accusation &mdash a constitu le prlude l'invasion de l'Irak. Beaucoup, au Congrs, ont accueilli ces accusations contre l'Iran avec circonspection. Au Snat, le 14 fvrier, Hillary Clinton a dclar, "Le conflit en Irak nous a enseigns tous des leons et nous devons appliquer ces leons toute accusation mise sur l'Iran. Parce que, Monsieur le Prsident, ce que nous entendons sonne familier nos oreilles et nous devons tre sur nos gardes pour ne plus jamais prendre de dcisions sur la base de renseignements qui s'avrent errons."

Pourtant, le Pentagone poursuit la prparation intensive d'un possible bombardement de l'Iran, un processus qui a dbut l'anne dernire, sur instruction du Prsident. Ces derniers mois, l'ancien responsable des services secrets m'a racont qu'un groupe spcial de planification avait t install dans les bureaux des Chefs d'tat-major interarmes, chargs d'laborer un plan de rserve pour bombarder l'Iran, qui pourrait tre mis en excution sur ordre du Prsident, dans un dlai de 24 heures.

Le mois dernier, un conseiller de l'Arme de l'Air dans l'identification des cibles et le conseiller en terrorisme du Pentagone m'ont racont que le groupe de planification sur l'Iran avait reu une nouvelle mission : identifier des cibles en Iran pouvant tre impliques dans l'approvisionnement ou l'assistance aux partisans de la lutte arme en Irak. Auparavant, l'accent tait mis sur la destruction des installations nuclaires iraniennes et un possible changement de rgime.

Deux groupes de porte-avions &mdash l'Eisenhower et le Stennis &mdash sont actuellement en Mer d'Arabie. Selon plusieurs sources, un de ces plans prvoit qu'ils seraient relevs au dbut du printemps. Mais certains militaires s'inquitent de ce qu'on puisse leur ordonner de rester dans la zone aprs l'arrive des nouveaux porte-avions. (Parmi les autres sujets de proccupations, les manuvres militaires ont montr que les porte-avions pourraient tre vulnrables la tactique de l'essaim, impliquant un grand nombre de petits bateaux, une technique que les Iraniens ont pratique par le pass. Dans l'troit Dtroit d'Ormuz, au large de la cte mridionale iranienne, la manuvrabilit des porte-avions est rduite.) L'ancien responsable du renseignement dit que ces plans de rserve permettront de lancer un ordre d'attaque ds ce printemps. Il a toutefois ajout que des officiers suprieurs de l'tat-major interarmes comptaient sur le fait que la Maison blanche ne soit "pas assez bte pour faire cela, malgr l'Irak, et sur les problmes que cela apporterait aux Rpublicains en 2008."
Le jeu du Prince Bandar
Les efforts de l'administration pour rduire l'influence iranienne au Proche-Orient ont largement repos sur l'Arabie Saoudite et sur le Prince Bandar, le conseiller la scurit nationale saoudienne. Bandar a servi pendant 22 ans comme ambassadeur auprs des Etats-Unis &mdash jusqu'en 2005 &mdash et a maintenu des rapports amicaux avec le Prsident Bush et le Vice-prsident Cheney. son nouveau poste, il continue de les rencontrer en priv. Des hauts fonctionnaires de la Maison blanche ont effectu plusieurs visites, dernirement, en Arabie Saoudite, dont certaines n'ont pas t rendues publiques.

En novembre dernier, Cheney s'est envol pour l'Arabie Saoudite pour une rencontre surprise avec le Roi Abdallah et Bandar. Le New York Times a rapport que le roi avait prvenu Cheney que l'Arabie Saoudite soutiendrait ses coreligionnaires sunnites en Irak si les tats-Unis se retiraient. Un agent du renseignement europen m'a racont que cette rencontre s'tait aussi concentre sur les craintes saoudiennes plus gnrales propos de "l'ascension des Chiites". En riposte, "les Saoudiens commencent utiliser leur moyen de pression &mdash l'argent."

Dans une famille royale o rgne la concurrence, Bandar s'est bti, depuis des annes, une base de pouvoir reposant largement sur la relation troite qu'il entretient avec les Etats-Unis &mdash relation cruciale pour les Saoudiens. Le prince Turki al-Faial a succd Bandar au poste d'ambassadeur. Turki a dmissionn au bout de dix-huit mois et a t remplac par Adel A. al-Jouber, un bureaucrate qui a travaill avec Bandar. Un ancien diplomate saoudien m'a confi que, lorsque Turki tait en poste, il s'tait aperu que des rencontres prives impliquant Bandar et de hauts responsables de la Maison blanche, parmi lesquels se trouvaient [Dick Cheney] et [Elliott] Abrams, avaient lieu. "Je suppose que a ne plaisait pas Turki", a dit le Saoudien. Mais il a ajout, "Je ne crois pas que Bandar s'en ira de sa propre initiative". Bien que Turki n'aime pas Bandar, m'a dit le Saoudien, il partageait son objectif de relever le dfi de la propagation de l'influence chiite au Proche-Orient.

La division entre les Chiites et les Sunnites remonte une querelle profonde, au septime sicle, propos de celui qui devait succder au Prophte Mohammed. Les Sunnites dominaient le califat mdival et l'Empire Ottoman et, traditionnellement, les Chiites taient considrs comme des trangers. 90% des Musulmans de la plante sont sunnites, mais les Chiites sont majoritaires en Iran, en Irak et au Bahren et forment le groupe musulman le plus important du Liban. Leur concentration dans une rgion volatile riche en ptrole a amen l'Occident et les Sunnites s'inquiter de l'mergence d'un "croissant chiite" &mdash surtout quand on connat l'influence gopolitique croissante de l'Iran.

"Les Saoudiens voient toujours le monde avec les yeux de l'poque de l'Empire Ottoman, lorsque les Musulmans sunnites faisaient la loi et que les Chiites taient la classe infrieure," m'a expliqu l'officier retrait Frederic Hoff, qui est un expert sur le Proche-Orient. Si Bandar pouvait tait peru comme celui qui apporte dans la politique tasunienne un changement de cap en faveur des Sunnites, a-t-il ajout, cela renforcerait normment sa stature au sein de la famille royale.

Les Saoudiens sont pousss par leur crainte que l'Iran puisse renverser l'quilibre du pouvoir, non seulement dans la rgion, mais aussi dans leur propre pays. L'Arabie Saoudite a une minorit chiite importante dans sa province orientale, une rgion o se trouve des champs de ptrole majeurs. Les tensions sectaires y sont leves. Selon Vali Nasr, la famille royale pense que des agents iraniens, qui travaillent avec les Chiites locaux, ont t derrire un grand nombre d'attaques terroristes l'intrieur du royaume. "Aujourd'hui, la seule arme capable de contenir l'Iran" &mdash l'arme irakienne &mdash "a t dtruite par les tats-Unis. A prsent, nous nous retrouvons face un Iran qui pourrait avoir une capacit nuclaire et qui a une arme d'active forte de 450 000 soldats." (L'Arabie Saoudite dispose de 75.000 soldats dans son arme d'active.)

Nasr a poursuivi : "Les Saoudiens disposent de moyens financiers considrables et entretiennent des relations profondes avec les Frres musulmans et les Salafistes" &mdash ces extrmistes sunnites qui considrent les Chiites comme des apostats. "La dernire fois que l'Iran a t une menace, les Saoudiens sont parvenus mobiliser les Islamistes radicaux de la pire espce. Une fois que vous les avez fait sortir de la bote, vous ne pouvez plus les y faire r-entrer."

La famille royale saoudienne a t, alternativement, un sponsor des extrmistes sunnites et leur cible. Ceux-ci condamnent la corruption et la dcadence qui rgne au sein de la myriade de princes de la famille. Les princes font le pari qu'ils ne seront pas renverss tant qu'ils continuent de soutenir les coles religieuses et les uvres caritatives lies aux extrmistes. La nouvelle stratgie de l'Administration repose lourdement sur ce march.

Nasr a compar la situation actuelle avec la priode durant laquelle al-Qada a merg pour la premire fois. Dans les annes 80 et au dbut des annes 90, le gouvernement saoudien a propos de subventionner la guerre secrte amricaine livre par procuration en Afghanistan par la CIA contre l'Union sovitique. Des centaines de jeunes Saoudiens furent envoyes dans les zones frontalires du Pakistan, o ils ont tabli des coles religieuses, des bases d'entranement et des installations de recrutement. Ensuite, comme aujourd'hui, nombre d'agents qui taient pays avec de l'argent saoudien taient des Salafistes. Parmi eux, bien sr, se trouvaient Oussama ben Laden et ses associs, qui fondrent al-Qada en 1988.

Cette fois-ci, m'a racont le conseiller auprs du gouvernement tasunien, Bandar et d'autres Saoudiens ont assur la Maison blanche qu'"ils surveillent de trs prs les fondamentalistes religieux. Leur message tait le suivant : 'Nous avons cr ce mouvement, et nous pouvons le contrler'. Ce n'est pas tant que nous ne voulons pas que les salafistes lancent des bombes, ce qui nous importe sur qui ils les lancent &mdash le Hezbollah, Moqtada al-Sadr, l'Iran et les Syriens, si ces derniers continuent de travailler avec le Hezbollah et l'Iran."

Le Saoudien a dit qu'aux yeux de son pays, c'tait prendre un risque politique que de se joindre aux Etats-Unis dans la confrontation avec l'Iran : Bandar est dj peru dans le monde arabe comme tant trop proche de l'Administration Bush. "Nous avons deux cauchemars," m'a dit cet ancien diplomate : "Que l'Iran acquire la bombe et que les tats-Unis attaquent l'Iran. Je prfrerais que les Israliens bombardent les Iraniens, comme a nous pourrions rejeter la faute sur eux. Si c'est l'Amrique qui s'en charge, nous serons condamns."

L'anne dernire, les Saoudiens, les Israliens et l'Administration Bush ont ralis une srie d'ententes officieuses sur leur nouvelle orientation stratgique. Au moins quatre lments principaux taient impliqus, m'a dit le conseiller du gouvernement tasunien. D'abord, Isral serait assur que sa scurit est primordiale et que Washington, l'Arabie Saoudite et d'autres Etats sunnites partageaient sa proccupation concernant l'Iran.

Deuximement, les Saoudiens conseilleraient vivement au Hamas, le parti palestinien islamiste qui a reu le soutien de l'Iran, de rduire ses agressions anti-israliennes et de commencer discuter srieusement sur le partage du pouvoir avec le Fatah, le groupe palestinien plus lac. (En fvrier, les Saoudiens ont agit en mdiateurs pour finaliser un accord la Mecque entre les deux factions. Cependant, Isral et les Etats-Unis ont exprim leur insatisfaction sur ses termes.)

Le troisime lment tait que l'Administration Bush travaillerait directement avec les nations sunnites pour contrer l'ascendance chiite dans la rgion.

Quatrimement, le gouvernement saoudien, avec l'approbation de Washington, apporterait les fonds et l'aide logistique pour affaiblir le gouvernement du Prsident syrien Bashar Assad. Les Israliens croient qu'en mettant une telle pression sur le gouvernement d'Assad cela le rendra plus conciliant et plus ouvert des ngociations. La Syrie est un point de passage majeur pour les armes du Hezbollah. Le gouvernement saoudien est aussi en conflit avec les Syriens sur l'assassinat de Rafik Hariri, l'ancien Premier ministre libanais, Beyrouth en 2005, pour lequel ils tiennent les Syriens pour responsables. Hariri, un milliardaire sunnite, tait troitement li au rgime saoudien et au prince Bandar. (Une enqute de l'ONU a fortement suggr que les Syriens taient impliqus, mais sans apporter de preuve directe. Une autre enqute est prvue, conduite par ue bombardements israliens sur le Liban. (Des photographies de Siniora embrassant Condoleeza Rice sur la joue lorsqu'elle lui a rendu visite pendant la guerre ont t ostensiblement montres pendant les manifestations de Beyrouth.)

Depuis l't dernier, l'Administration Bush a promis publiquement au gouvernement Siniora une aide d'un milliard de dollars. Une confrence de donateurs Paris, en janvier, que les tats-Unis ont aid organiser, a recueilli des promesses de dons pour prs de huit milliards supplmentaires, dont une promesse de plus d'un milliard de la part des Saoudiens. La promesse amricaine inclut plus de 200 millions de dollars en aide militaire et 40 millions de dollars pour la scurit intrieure.

Selon l'ancien responsable des services secrets et le conseiller du gouvernement amricain, les tats-Unis ont galement fourni un soutien clandestin au gouvernement Siniora. "Nous avons un programme en cours, destin accrotre la capacit sunnite rsister l'influence chiite, et nous distribuons autant d'argent que nous le pouvons," a dclar cet ancien responsable des services secrets. Le problme tait que ce type de fonds "atterrit toujours dans plus de poches que ce que l'on pense initialement," a-t-il dit. "Dans ce processus, nous finanons un tas de sales types, avec quelques consquences srieuses non dsires. Nous n'avons pas la capacit de dterminer les gens que nous aimons et d'obtenir des reus signs de leur part, ni d'viter les gens que nous n'aimons pas. C'est une entreprise trs haut risque."

Les responsables amricains, europens et arabes auxquels j'ai parl m'ont racont que le gouvernement Siniora et ses allis avaient permis qu'une partie de l'aide atterrisse entre les mains de groupes sunnites radicaux mergents dans le nord du Liban, dans la valle de la Bekaa et autour des camps de rfugis palestiniens dans le sud. Ces groupes, bien que de tailles rduites, sont perus comme une protection contre le Hezbollah. Mais, en mme temps, leurs liens idologiques sont avec al-Qada.

Lors d'une conversation que nous avons eue ensemble, l'ancien diplomate saoudien a accus Nasrallah de vouloir "s'emparer de force de l'tat", mais il a aussi protest contre le financement libanais et saoudien des Djihadistes sunnites au Liban. "Les salafistes sont des malades haineux et je suis trs oppos l'ide de jouer avec eux," m'a-t-il dit. "Ils hassent les Chiites, mais ils hassent encore plus les Amricains. Si l'on tente de jouer au plus malin avec eux, ce sont eux qui finiront par nous avoir. Ce sera atroce."

Alastair Crooke, qui a pass prs de trente ans au MI6, les services secrets britanniques, et qui travaille prsent pour le Conflicts Forum, un groupe de rflexion Beyrouth, m'a racont : "Le gouvernement libanais est en train d'ouvrir un espace pour accueillir ces gens. Cela pourrait tre trs dangereux." Crooke a dit qu'un groupe extrmiste sunnite, le Fatah al-Islam, s'tait scind partir du groupe pro-syrien Fatah al-Intifada, dans le camp de rfugis de Nahr al-Bared, dans le nord du Liban. A l'poque, ce groupe comptait moins de 200 membres. "On m'a dit que dans les 24 heures, ils s'taient vus offrir des armes et de l'argent par des gens se prsentant comme des reprsentants des intrts du gouvernement libanais &mdash certainement pour affronter le Hezbollah," a dit Crooke.

Le plus important de ces groupes, Asbat al-Ansar, est situ dans le camp de rfugis palestiniens d'An al-Houlwah. Asbat al-Ansar a reu des armes et du matriel de la part des Forces de Scurit Intrieures libanaises et des milices associes au gouvernement Siniora.

En 2005, selon un rapport de l'International Crisis Group, dont le sige se trouve aux tats-Unis, Saad Hariri, le chef de la majorit sunnite au Parlement libanais et fils de l'ancien Premier ministre assassin &mdash Saad a hrit de plus de quatre milliards de dollars aprs le meurtre de son pre &mdash a pay 48.000 dollars de caution pour quatre membres d'un groupe d'activistes islamiques de Dinniyeh. Ces hommes avaient t arrts alors qu'ils tentaient d'tablir un mini-tat islamique dans le nord du Liban. Le Crisis Group a fait remarquer que beaucoup de ces militants "s'taient entrans dans les camps d'al-Qada en Afghanistan."

Selon le rapport du Crisis Group, Saad Hariri a utilis par la suite sa majorit parlementaire pour obtenir l'amnistie de 22 Islamistes de Dinniyeh, ainsi que pour sept activistes souponns de prparer des attentats la bombe contre les ambassades d'Italie et d'Ukraine Beyrouth, l'anne prcdente. (Il a aussi arrang l'amnistie de Samir Geagea, un chef de milice chrtien maronite, qui avait t condamn pour quatre meurtres politiques, dont l'assassinat, en 1987, du Premier ministre Rachid Karami.) Hariri a justifi ses actions auprs de la presse comme tant humanitaires.

Lors d'une entrevue Beyrouth, un haut responsable du gouvernement Siniora a reconnu que des Djihadistes sunnites opraient l'intrieur du Liban. "Nous avons une attitude librale qui permet des organisations de type al-Qada d'avoir une prsence ici," a-t-il dit. Il liait cela la proccupation que l'Iran ou la Syrie puissent dcider de transformer le Liban en "thtre de conflit".

Ce responsable a dclar que son gouvernement tait dans une situation qui ne pouvait pas gagner. Sans un rglement politique avec le Hezbollah, a-t-il dit, le Liban pourrait "s'enfoncer dans un conflit" o le Hezbollah affronterait ouvertement les forces sunnites, avec des consquences potentiellement terrifiantes. Mais, si le Hezbollah acceptait un accord tout en maintenant une arme spare, allie avec l'Iran et la Syrie, "le Liban pourrait devenir une cible. Dans les deux cas, nous devenons une cible."

L'Administration Bush a prsent son soutien au gouvernement Siniora comme un exemple de la croyance du Prsident en la dmocratie et de son dsir d'empcher d'autres puissances de s'ingrer au Liban. Quand le Hezbollah a conduit les manifestations de Beyrouth en dcembre, John Bolton, qui tait alors ambassadeur des Etats-Unis l'ONU, les a dpeintes comme "faisant partie d'un coup d'Etat inspir par l'Iran et la Syrie."

Leslie H. Gelb, un ancien Prsident du Council on Foreign Relations [CFR] a dclar que la politique de l'Administration tait moins motive par la dfense de la dmocratie que par "la scurit nationale amricaine. Le fait est qu'il serait terriblement dangereux si le Hezbollah dirigeait le Liban." La chute du gouvernement Siniora serait perue, a ajout Gelb, "comme un signal au Proche-Orient du dclin des tats-Unis et de l'ascendance de la menace terroriste. Et, donc, les Etats-Unis doivent s'opposer tout changement dans la rpartition du pouvoir politique au Liban &mdash et cela justifie que nous aidions tout groupe non-chiite rsister ce changement. Nous devrions le dire publiquement, plutt que de parler de dmocratie."

Martin Indyk, du Saban Centre, a toutefois dclar que les Etats-Unis "n'ont pas assez d'influence pour empcher les modrs au Liban de passer des accords avec les extrmistes." Il a ajout, "Le Prsident voit cette rgion comme tant divise entre modrs et extrmistes, mais nos amis dans la rgion la voient comme divise entre Sunnites et Chiites. Les Sunnites que nous considrons comme extrmistes sont considrs par nos allis sunnites comme rien de plus que des Sunnites."

En janvier, aprs une explosion de violence Beyrouth, impliquant la fois les partisans de Siniora et ceux du Hezbollah, le prince Bandar s'est envol pour Thran pour discuter de l'impasse politique au Liban et rencontrer Ali Larijani, le ngociateur des iraniens sur les questions nuclaires. Selon un ambassadeur au Proche-Orient, la mission de Bandar &mdash que l'ambassadeur a dit tre soutenue par la Maison blanche &mdash avait aussi pour but "de crer des problmes entre les Iraniens et les Syriens." Il y avait eu des tensions entre les deux pays propos de pourparler syriens avec Isral et le but des Saoudiens tait d'encourager une brche. Cependant, a dit l'ambassadeur, "Cela n'a pas march. La Syrie et l'Iran ne vont pas se trahir mutuellement. L'approche de Bandar n'a que trs peu de chances de russir."

Walid Joumblatt, qui est le chef de la minorit druze au Liban et un ardent supporter de Siniora, a accus Nasrallah d'tre un agent de la Syrie et a dit rgulirement aux journalistes trangers que le Hezbollah est sous le contrle direct des chefs religieux en Iran. Lors d'une conversation qu'il a eu avec moi en dcembre dernier, il a dpeint Bashar Assad, le prsident syrien, comme un "tueur en srie". Il a dit que Nasrallah tait "moralement coupable" de l'assassinat de Rafik Hariri et du meurtre, en novembre dernier, cause de son soutien aux Syriens, de Pierre Gemayel, un membre du gouvernement Siniora.

Joumblatt m'a alors dit qu'il avait rencontr le Vice-prsident Cheney en automne dernier Washington pour discuter, parmi d'autres sujets, de la possibilit d'branler Assad. Ses collgues et lui-mme avaient avis Cheney que si les Etats-Unis voulaient vraiment manuvrer contre la Syrie, les membres des Frres Musulmans Syriens seraient "les gens qui parler", m'a dit Joumblatt.

Les Frres Musulmans Syriens, une branche du mouvement radical sunnite fond en gypte en 1928, se sont engags depuis plus de dix ans dans une opposition violente au rgime d'Hafez Assad, le pre de Bachar. En 1982, les Frres prirent le contrle de la ville de Hama : Assad fit bombarder la ville pendant une semaine, tuant entre 6.000 et 20.000 personnes. En Syrie, faire partie des Frres Musulmans est passible de la peine de mort. Les Frres Musulmans sont aussi des ennemis jurs des Etats-Unis et d'Isral.

Nanmoins, a dclar Joumblatt, "Nous avons dit Cheney que le lien principal entre l'Iran et le Liban est la Syrie &mdash et, que pour affaiblir l'Iran, il lui faut ouvrir la porte une opposition syrienne efficace."

Il existe des preuves que la rorientation de l'Administration a dj profit aux Frres Musulmans. Le Front National du Salut syrien est une coalition de groupes d'opposition dont les principaux membres sont une faction dirige par Abdul Halim Khaddam, un ancien vice-prsident syrien qui a fait dfection en 2005, et les Frres Musulmans. Un ancien officier de haut rang de la CIA m'a confi, "Les Amricains ont apport un soutien la fois politique et financier. Les Saoudiens ont pris le commandement du soutien financier, mais les Amricains y sont impliqus." Il a dclar que Khaddam, qui vit dsormais Paris, recevait de l'argent de l'Arabie Saoudite et que la Maison blanche le savait. (Selon les rapports de presse, une dlgation de membres du Front a rencontr en 2005 des fonctionnaires du National Security Council [NSC].) Un ancien fonctionnaire de la Maison blanche m'a racont que les Saoudiens avaient fourni aux membres du Front les papiers pour le voyage.

Joumblatt a dclar qu'il comprenait que cette question tait sensible pour la Maison Blanche. "J'ai dit Cheney que certaines personnes dans le monde arabe, principalement les gyptiens" &mdash dont les dirigeants sunnites modrs combattent les Frres Musulmans Egyptiens depuis des dizaines d'annes &mdash "n'apprcieraient pas que les tats-Unis aident les Frres Musulmans. Mais si l'on ne s'en prend pas la Syrie, nous resterons au Liban face au Hezbollah pour un long combat &mdash et ce combat, nous pourrions ne pas le gagner."
Le Cheikh
Par une nuit chaude et claire au dbut du mois de dcembre dernier, dans une banlieue dvaste par les bombes quelques kilomtres au sud du centre-ville de Beyrouth, j'ai pu me faire une ide sur la faon dont pourrait se drouler la nouvelle stratgie de l'Administration au Liban. Le Cheikh Hassan Nasrallah, le dirigeant du Hezbollah qui se cache, avait accept une interview. Les arrangements que nous avions conclus pour la scurit de cette rencontre taient la fois secrets et complexes. Je fus conduit, l'arrire d'une voiture aux vitres teintes, dans un garage souterrain endommag quelque part dans Beyrouth, fouill avec un scanner main, plac dans une seconde voiture pour tre conduit dans un autre garage galement ventr par les bombements, puis nouveau transfr. L't dernier, il a t rapport qu'Isral tentait de tuer Nasrallah, mais ces prcautions draconiennes n'taient pas seulement justifies par cette menace. Les assistants de Nasrallah m'ont dit qu'ils pensaient qu'il tait une cible de premier choix pour leurs semblables arabes, en premier rang desquels les agents des services secrets jordaniens, de mme que les Djihadistes sunnites, qui, pensent-ils, sont lis al-Qada. (Le conseiller du gouvernement et un gnral quatre toiles la retraite m'ont dit que les services secrets jordaniens, avec le soutien des tats-Unis et d'Isral, avaient essay d'infiltrer des groupes chiites, pour agir contre le Hezbollah. Le Roi Abdallah II de Jordanie a mis en garde qu'un gouvernement chiite en Irak qui serait trop proche de l'Iran conduirait l'mergence d'un croissant chiite.) Il y a, l, un tournant quelque peu ironique : la bataille entre Nasrallah et Isral de l't dernier a fait de lui &mdash un Chiite ! &mdash le personnage le plus populaire et le plus influent parmi les Sunnites et les Chiites de toute la rgion. Cependant, ces derniers mois, il est peru de plus en plus par certains Sunnites non pas comme un symbole de l'unit arabe, mais comme un acteur dans une guerre sectaire.

Nasrallah, vtu comme d'habitude d'un costume religieux, m'attendait dans un appartement quelconque. L'un de ses conseillers m'a dit qu'il ne resterait probablement pas l toute la nuit, car il se dplace constamment depuis sa dcision, en juillet dernier, d'ordonner l'enlvement de deux soldats israliens, lors d'un raid de l'autre ct de la frontire, en marge de la guerre de 33 jours. Depuis, Nasrallah a dclar publiquement &mdash et me l'a rpt &mdash qu'il avait mal valu la riposte isralienne."Nous voulions juste capturer des prisonniers en vue d'un change," m'a-t-il racont. "Nous n'avons jamais voulu entraner la rgion dans la guerre."

Nasrallah a accus l'Administration Bush de travailler avec Isral pour lancer la fitna, un mot arabe utilis dans le sens "d'insurrection et de fragmentation l'intrieur de l'Islam". " mon avis, il y a une gigantesque campagne mondiale dans les mdias pour monter chaque camp contre l'autre," a-t-il dit. "Je pense que tout cela est organis par les services secrets amricains et israliens." (Il n'a pas fourni de preuve spcifique sur cela.) Il a dit que la guerre tasunienne en Irak avait attis les tensions confessionnelles, mais il a affirm que le Hezbollah avait tent d'empcher qu'elles ne se rpandent au Liban. (Les affrontements sunnites-chiites ont augment, paralllement la violence, dans les semaines qui ont suivi notre discussion.)

Nasrallah a dit qu'il pensait que l'objectif du prsident Bush tait de "dessiner une nouvelle carte pour la rgion. Ils veulent une partition de l'Irak. L'Irak n'est pas au bord de la guerre civile &mdash il y a dj la guerre civile. Il y a un nettoyage ethnique et sectaire en cours. Les tueries quotidiennes et les dplacements de population qui se droulent en Irak ont pour objectif d'aboutir trois parties irakiennes, qui seront pures selon des lignes sectaires et ethniques, en prlude la partition de l'Irak. Dans un an ou deux, tout au plus, il y aura des zones entirement sunnites, des zones entirement chiites et des zones entirement kurdes. Mme Bagdad, on craint que la ville ne soit divise en deux zones, l'une sunnite et l'autre chiite."

Il a poursuivit : "Je suis en mesure de dire que le prsident Bush ment lorsqu'il dit qu'il ne veut pas de la partition de l'Irak. Tous les faits qui se droulent aujourd'hui sur le terrain permettent d'affirmer avec certitude qu'il est en train d'entraner l'Irak vers une partition. Et un jour viendra o il dclarera : 'Je n'y peux rien, puisque les Irakiens veulent la partition de leur pays et que je me soumets la volont du peuple irakien.'"

Nasrallah a dclar qu'il croit que l'Amrique veut aussi amener le Liban et la Syrie la partition. En Syrie, a-t-il dit, le rsultat serait de pousser le pays "au chaos et aux batailles intestines comme en Irak." Au Liban, "il y aura un Etat sunnite, un Etat alaouite, un Etat chrtien et un Etat druze." Mais, a-t-il ajout, "j'ignore s'il y aura un Etat chiite." Nasrallah m'a confi qu'il suspectait que l'un des objectifs des bombardements israliens de l't dernier au Liban tait "la destruction des zones chiites et le dplacement des Chiites hors du Liban. L'ide tait que les Chiites du Liban et de la Syrie s'enfuient vers le sud de l'Irak," qui est domin par les Chiites. "Je n'en suis pas sr, mais je le flaire", m'a-t-il dit.

Une partition laisserait Isral entour de "petits tats tranquilles", a-t-il dit. "Je peux vous assurer que le royaume saoudien sera lui aussi divis et cette question touchera les Etats d'Afrique du Nord. Il y aura des petits Etats ethniques et confessionnels," a-t-il dit. "Autrement dit, Isral sera l'Etat le plus important et le plus fort d'une rgion qui aura t morcele en Etats ethniques et confessionnels qui s'accorderont entre eux. C'est cela, le nouveau Proche-Orient."

En fait, l'Administration Bush s'est catgoriquement oppose des pourparlers en vue d'une partition de l'Irak et ses positions publiques suggrent que la Maison blanche voie un futur Liban qui est intact, avec un Hezbollah affaibli et dsarm jouant, tout au plus, un rle politique mineur. Il n'y a pas non plus de preuves pour soutenir la croyance de Nasrallah que les Israliens cherchent dplacer les Chiites vers le sud de l'Irak. Nanmoins, la vision de Nasrallah d'un large conflit sectaire, dans lequel les tats-Unis sont impliqus, indique une consquence possible de la nouvelle stratgie de la Maison Blanche.

Dans cette interview, Nasrallah a fait des gestes et des promesses apaisants qui seraient certainement accueillis avec scepticisme par ses opposants. "Si les tats-Unis disent que des discussions avec des gens comme nous peuvent tre utiles et qu'elles peuvent avoir une influence sur la politique amricaine dans la rgion, nous ne formulons aucune objection des discussions ou des rencontres," a-t-il dclar. "Mais si le but de ces rencontres est de nous imposer leur politique, alors ce sera une perte de temps." Il a dclar que la milice du Hezbollah, moins d'tre attaque, n'oprerait qu' l'intrieur des frontires libanaises et il a promis de dsarmer lorsque l'arme libanaise serait capable de faire face. Nasrallah a dit qu'il n'avait aucun intrt dclencher une autre guerre avec Isral. Cependant, il a ajout qu'il anticipait une autre attaque isralienne, plus tard dans l'anne, et qu'il s'y prparait.

Nasrallah a insist aussi sur le fait que les manifestations Beyrouth continueraient jusqu' ce que le gouvernement Siniora tombe ou qu'il rponde aux exigences politiques de sa coalition. "En pratique, le gouvernement ne peut plus diriger," m'a-t-il dit. "Il peut mettre des ordres, mais la majorit du peuple libanais refusera de s'y soumettre et ne reconnatra pas la lgitimit de ce gouvernement. Siniora reste au pouvoir grce au soutien international, mais cela ne signifie pas que Siniora puisse diriger le Liban." Les louanges rptes du Prsident Bush au gouvernement Siniora, a dit Nasrallah,"est le meilleur service qu'il puisse rendre l'opposition libanaise, parce que cela affaiblit leur position vis--vis du peuple libanais et des populations arabes et musulmanes. Ils parient sur le fait que nous fatiguerons. Nous n'avons pas montr de signe de fatigue pendant la guerre, alors comment des manifestations pourraient-elles nous fatiguer ?"

Il y a une vive division l'intrieur et l'extrieur de l'Administration Bush sur la meilleure faon de traiter avec Nasrallah et s'il pouvait, en fait, tre un partenaire dans un rglement politique. Le directeur sortant du Renseignement National, John Negroponte, dans son audition d'adieu la commission snatoriale du renseignement, en janvier, a dit que le Hezbollah "se trouvait au centre de la stratgie terroriste de l'Iran... Cette organisation pourrait dcider de mener des attaques contre les intrts amricains au cas o il jugerait que sa survie ou celle de l'Iran est menace... Le Hezbollah libanais se peroit lui-mme comme un partenaire de Thran."

En 2002, Richard Armitage, alors Secrtaire d'Etat adjoint, a qualifi le Hezbollah de "troupe d'lite" des terroristes. Cependant, dans une interview rcente, Armitage a reconnu que la question tait devenue quelque peu plus complique. Nasrallah, m'a dit Armitage, est devenu "une force politique d'un certain intrt, qui a un rle politique jouer l'intrieur du Liban s'il dcide de le faire". En termes de stratagmes politique et de relations publiques, m'a dclar Armitage, Nasrallah"est l'homme le plus fut du Proche-Orient." Mais, a-t-il ajout, Nasrallah "doit dmontrer clairement qu'il est prt jouer le jeu selon les rgles d'une opposition loyale. Pour moi, il a toujours une dette de sang payer" &mdash une allusion au colonel assassin et l'attaque de la caserne des Marines. Robert Baer, un ancien agent de longue date de la CIA au Liban, a critiqu svrement le Hezbollah et a prvenu de ses liens avec le terrorisme soutenu par l'Iran. Mais dsormais, m'a-t-il dit, "nous avons des Arabes sunnites qui se prparent un conflit cataclysmique et nous avons besoin de quelqu'un pour protger les Chrtiens au Liban. Ce rle tait tenu par les Franais et les tats-Unis et, maintenant, il sera tenu par Nasrallah et les Chiites."

"L'histoire la plus importante au Proche-Orient est la transformation de Nasrallah, qui tait un garon des rues, en leader &mdash il est pass de terroriste homme d'tat," a ajout Baer. "Le seul qui n'a pas dlgu le travail quelqu'un d'autre" &mdash lors de la guerre avec Isral &mdash "est le terrorisme chiite." Baer faisait allusion aux craintes que Nasrallah, en plus de tirer des roquettes sur Isral et d'enlever ses soldats, a la capacit de dclencher une vague d'attaques terroristes contre des cibles israliennes et amricaines dans le monde entier."Il aurait pu en dclencher une, mais il ne l'a pas fait," a dit Baer.

La plupart des membres des communauts du renseignement et de la diplomatie reconnaissent les liens actuels entre le Hezbollah et l'Iran. Mais ils sont en dsaccord sur l'tendue laquelle Nasrallah mettrait de ct les intrts du Hezbollah au profit de ceux de l'Iran. Un ancien officier de la CIA qui a servi au Liban a qualifi Nasrallah de "phnomne libanais", ajoutant, "Oui, il est assist par l'Iran et la Syrie, mais le Hezbollah a dpass cela." Il m'a dit qu' une certaine priode, la fin des annes 80 et au dbut des annes 90, le poste de la CIA Beyrouth parvenait couter clandestinement les conversations de Nasrallah. Il dcrivit Nasrallah comme "un chef de gang qui tait capable de passer des accords avec d'autres gangs. Il avait des contacts avec tout le monde."
Informer le Congrs
La dpendance de l'Administration Bush sur des oprations clandestines qui n'ont pas t rapportes au Congrs et ses accords passs avec des intermdiaires dont l'agenda est discutable ont rappel certains, Washington, un prcdent chapitre de notre Histoire. Il y a une vingtaine d'annes, l'Administration Reagan avait tent de financer les contras du Nicaragua de manire illgale, au moyen de ventes secrtes d'armes l'Iran. De l'argent saoudien tait impliqu dans ce qui devint le fameux scandale Iran-Contra et quelques acteurs de l'poque &mdash notamment le prince Bandar et Elliott Abrams &mdash sont impliqus dans les oprations actuelles.

Le scandale Iran-Contra fut le sujet d'une discussion officieuse entre les vtrans de ce scandale, il y a deux ans, du genre "on a appris les leons". Abrams menait la discussion. Une des conclusions tait que mme si le programme ait fini par tre rvl, il avait t possible de l'excuter sans en informer le Congrs. Quant ce que l'exprience leur avait appris, en termes de futures oprations secrtes, les participants ont dcouvert : "Un, vous ne pouvez pas faire confiance vos amis. Deux, la CIA doit tre totalement tenue l'cart. Trois, vous ne pouvez pas faire confiance aux militaires en uniforme et, quatre, cela doit tre gr partir du bureau du Vice-prsident" &mdash une allusion au rle de Cheney, m'a dit l'ancien responsable des services secrets.

Par la suite, deux conseillers du gouvernement et l'ancien responsable des services secrets m'ont dit que l'cho avec le scandale Iran-Contra a t l'une des raisons la dcision de Negroponte de dmissionner de son poste de directeur du Renseignement National et d'accepter le poste subalterne d'adjoint au Secrtariat d'tat. (Negroponte a refus de faire des commentaires.)

L'ancien responsable des services secrets m'a dit aussi que Negroponte ne voulait pas rpter l'exprience qu'il avait eue sous l'Administration Reagan, quand il tait ambassadeur au Honduras. "Negroponte a dclar, 'Pas question. Je ne vais pas suivre cette voie une nouvelle fois, avec le NSC menant des oprations hors de tout contrle lgal, sans aucun ordre de mission. (Dans le cas des oprations secrtes de la CIA, le Prsident doit mettre un ordre de mission crit et informer le Congrs.) Negroponte a gard son poste de Secrtaire d'tat Adjoint, a-t-il ajout, parce qu'"il pense qu'il peut influencer le gouvernement dans un sens positif."

Le conseiller du gouvernement a dclar que Negroponte partageait les objectifs politiques de la Maison blanche, mais qu'il "voulait le faire dans les rgles". Le conseiller du Pentagone m'a dit aussi que, "parmi les hauts-grads, on avait le sentiment qu'il n'tait pas totalement partie prenante dans les oprations clandestines les plus aventureuses". Il tait galement vrai, a-t-il dit, que Negroponte "avait des problmes avec cette usine gaz politique la Rube Goldberg destine rgler la situation au Proche-Orient."

Le conseiller du Pentagone a ajout que l'une des difficults, en termes d'erreur, tait de compter sur les fonds secrets. "Il y a beaucoup, beaucoup de caisses noires, parpilles de nombreux endroits et utilises partout dans le monde pour une varit de missions", a-t-il dit. Le chaos budgtaire en Irak, o des milliards de dollars ne relvent d'aucune responsabilit, a facilit de telles transactions, selon l'ancien responsable des services secrets et le gnral quatre toiles en retraite.

"Cela remonte l'Iran-Contra", m'a dit un ancien assistant du National Security Council. "Et une grande partie de ce qu'ils font est de maintenir l'Agence l'cart." Il a dclar que le Congrs n'tait pas inform de l'intgralit des oprations amricano-saoudiennes. Et, a-t-il dit, "La CIA demande, 'Que se passe-t-il ?' Cela les proccupe car ils pensent qu'on nage en plein amateurisme."

La question de la ngligence commence attirer plus l'attention de la part du Congrs. En novembre dernier, le Service de Recherche du Congrs a mis un rapport destin au Congrs sur ce qui est dcrit comme la confusion de l'Administration sur la limite entre les oprations de la CIA et celles strictement militaires, qui n'ont pas les mmes exigences en termes d'information au Congrs. Et la Commission Snatoriale du Renseignement, dirig par le snateur Jay Rockefeller, a programm une audience pour le 8 mars sur les activits de renseignement du Dpartement de la Dfense.

Le snateur Ron Wyden, de l'Oregon, un Dmocrate qui est membre de la Commission du Renseignement, m'a dclar : "L'Administration Bush a frquemment manqu ses obligations lgales d'informer compltement la Commission du Renseignement. A chaque fois, la rponse a t : 'Faites-nous confiance.'" Wyden a ajout : "J'ai du mal faire confiance l'administration."

Article original : "Seymour Hersh: The Redirection"
Traduit de l'anglais par JFG/QuestionsCritiques



Commentaires


0 de 0 commentaires pour l'article 10688