Inflation : problme pour les uns, solution pour les autres?



Moktar Lamari, Ph. D.

Le marasme conomique engendr par la covid-19 a fini par briser un dogme montariste datant des annes 1980. Cest la Fed (Banque centrale amricaine) qui annonce ce paradigm shift, annonant le nouveau cap : la lutte contre le taux de chmage doit primer sur le taux dinflation. En Tunisie, la Banque centrale (BCT) se trouve en porte--faux, dans ce nouveau logiciel, adopt par quasiment toutes les banques centrales de par le monde. De quoi sagit-il? Quelles consquences pour la Tunisie ? Explications...


Une nouvelle re des politiques montaires

Lannonce, fort attendue, a t faite par la Fed rcemment en prsence des plus influents banquiers, politiciens, conomistes et fonctionnaires impliqus dans la gouvernance de lconomie mondiale. Annonce paradigmatique, dans le cadre dun symposium qui pose la vraie question : comment les Banques centrales doivent-elles contrer les impacts conomiques de la pandmie de la Covid-19 ?

Jrme Powell, prsident de la Fed, a annonc que le taux dinflation peut aller au-del des 2% conventionnels : la lutte contre le chmage prend dsormais le dessus sur la lutte contre linflation. Il prend contrepied, la thorie et les convictions montaristes des trente dernires annes.

Lannonce de la Fed vient souligner haut la main, limportance de la lutte contre le chmage et la protection des populations contre la pauprisation lie la crise conomique cre par la Covid-19.

La Fed fait rfrence aux milliers de milliards de dollars qui ont t dpenss pour contrer les mfaits de la Covid-19 : les marchs occidentaux ayant t inonds de liquidits de la part des banques centrales avec des dettes publiques incommensurables.


Linflation : une solution et plus le problme !

Il faut dire que de par le monde, les oprateurs conomiques sont dans le ptrin et se demandent quoi faire pour sen sortir. Les taux dintrt directeur ngatifs nont rien chang. Le contrle de la courbe des taux na rien fait non plus, malgr le quantitative easing, achetant des actifs financiers, notamment des obligations, pour relancer lconomie.

Dernire et seule variable dajustement consiste briser le tabou de linflation.

Linflation devient une solution, alors quelle a t jusque-l considre un problme. Cap sur la cration de lemploi, tant pis pour linflation au moins pour un certain temps, annonait Powell, le prsident de la Fed.

Pour arriver cette dcision, la Fed a consult les conomistes les plus avertis, a sond les industriels, a interrog les citoyens, les syndicats et les communauts qui sont directement impacts par les incidences de la Covid-19.

Une premire dans lhistoire des politiques montaires : consulter les citoyens et prendre leurs avis au sujet des dcisions venir. La Banque du Canada a aussi consult les Canadiens pour aider les communauts, pas seulement les entreprises.

La Fed joue le tout pour le tout! Pour lutter contre le chmage, pour donner, pourquoi pas des prts directement dispenss par la Fed aux communauts (villes, villages, associations,), pour donner du pouvoir dachat dans la poche des consommateurset pas seulement aux entreprises et secteur bancaire. La Fed va prter de largent directement aux communauts, sans passer par les banques, et ce pour rduire les cots et rpondre aux besoins les plus pressants.

Changement de cap dans la pense montariste

La Fed a remis en question les politiques montaires ultra-orthodoxes parce que sourdes aux contingences sociales (chmage, discrimination, ingalit, pauprisation). Elle est revenue, dans une certaine mesure aux politiques keynsiennes, faisant rfrence la clbre courbe de Philips, un conomise australien qui a dmontr, en 1958, le lien vital entre taux de chmage et taux dinflation.

Il est possible de stimuler l'conomie avec des taux d'intrt atypiques sans que l'inflation ne reparte forcment la hausse. Notre dcision reflte notre conviction qu'un solide march du travail peut tre soutenu sans faire exploser l'inflation , a expliqu Jrme Powell.

Il faut dire que la Fed a un mandat dual visant le plein emploi et la matrise de l'inflation. La Fed dplace franchement la jauge vers l'emploi. Le plein emploi est un objectif large et inclusif Ce changement exprime notre apprciation des avantages d'un march du travail fort, en particulier pour les revenus modrs... dclare le prsident de la Fed.

Une dcision vote l'unanimit par les gouverneurs de la Fed. Consquence de cette nouvelle approche : les taux d'intrt pourraient rester bas plus long terme et les taux dinflation peuvent augmenter dans le cadre de la lutte au chmage. Une dcision salue par les marchs : le Dow Jones a ouvert en hausse de prs de 0,9 % ce jeudi Wall Street, le S&P 500 de 0,5 %.


Implications pour la Tunisie

Durant les 3 dernires annes, la Banque centrale de Tunisie (BCT) a fait doubler les taux dintrt directeurs, avec un objectif unique et indiffrent au reste : contenir linflation, tant pis pour la rcession conomique, tant pis pour linvestissement.
La BCT sest inscrite en porte faux des politiques fiscales, des politiques sociales et des politiques conomiques dans leur ensemble. Avec des taux dintrt directeurs 4 fois plus levs quau Maroc, 7 fois plus levs quen Italie ou en Espagne, la BCT a enfonc lconomie, tir vers le bas linvestissement et dtruit, indirectement, de centaines de milliers demplois.

Certes la BCT est rgie par la Loi de 2016, une loi mal conue et qui ne vise que la lutte linflation, tournant le dos aux impratifs de la lutte contre le chmage. Une telle loi est rcrire et repenser de fond en comble. Le FMI doit arrter de faire sa loi en Tunisie.

Pour rester crdible, le conseil dadministration de la BCT se devrait de rduire le taux directeur de moiti, et ce pour que lconomie tunisienne reste comptitive dans un contexte fort volatile et sous pression par les mfaits de la Covid-19.
La Banque centrale du Maroc a mieux anticip et a mieux analys les enjeux que la BCT : au Maroc le taux dintrt directeur 1,5%, contre 6,75% en Tunisie.

Pour se justifier, la BCT se base sur un taux dinflation surestim techniquement (tant bas sur lindice des prix la consommation base 2010) et manipul politiquement pour des enjeux syndicaux et des intrts politiques voulant indument augmenter les salaires pour maintenir le pouvoir dachatLe tout pour drainer des profits deux chiffres pour les banques commerciales, alors que la croissance conomique est en moyenne quasiment de zro depuis 2011.

Le taux dinflation en Tunisie serait de lordre de 4,5%, et pas 6%, comme on veut le faire croire aux Tunisiens. Le Taux dintrt directeur devrait sinscrire dans une logique baissire pour relancer linvestissement, relancer lconomie et donner de lespoir cette jeune dmocratie, seule survivante du Printemps arabe.

* Universitaire au Canada


Commentaires


3 de 3 commentaires pour l'article 211761

Mandhouj  (France)  |Jeudi 01 Octobre 2020 à 14h 18m |           
L'article du , libre penseur, n'a rien avoir avec votre article .... Mais comme nous le savons tous, dans la vie d'une socit et la place de l'conomie, il n'y a pas de fume sans feu. Tout est li .... La logique nolibrale et aussi une pense globale !

Mandhouj  (France)  |Jeudi 01 Octobre 2020 à 14h 04m |           
Https://www.lelibrepenseur.org/monique-pincon-charlot-tout-est-detruit-selon-un-ordre-tres-precis-impose-par-les-plus-riches/

Mandhouj  (France)  |Jeudi 01 Octobre 2020 à 14h 03m |