Tunisie: Polmique dans les milieux conomiques sur les mthodes de calcul du taux de pauvret



Le taux de pauvret (estim 24.7%), publi par le ministre des Affaires sociales, a engendr une polmique dans les milieux universitaires et conomiques du pays.

Les spcialistes considrent que la mthode adopte n'est pas conforme aux standards scientifiques.

Le ministre des Affaires sociales a soulign, au cours d'une confrence de presse, que la mthodologie adopte pour mesurer le taux de pauvret repose sur les dossiers traits par ses services aux niveaux local, rgional et central, et ce, aprs les tudes et visites sur terrain conformment aux standards et conditions objectifs et subjectifs fixs en vertu de textes rglementaires.

Le ministre s'est galement rfr la liste des familles, dont le revenu des membres est infrieur 400 dinars par an et par personne et bnficiant d'une indemnit fixe et de soins gratuits.

L'autre rfrence que le ministre a pris en considration dans son estimation du taux de pauvret est le registre des familles bnficiant de cartes de soins frais rduits dont le nombre des membres ne dpasse pas les cinq personnes et le revenu n'excde pas, quant lui, le salaire minimum, outre les listes des familles recevant des allocations de la caisse de scurit sociale, et surtout celles bnficiant d'allocations infrieures au salaire minimum garanti (SMIG).

L'expert conomique international, Sami Bibi, a fait remarquer qu'en dpit de la justesse de la mthode suivie par le ministre des Affaires sociales dans le calcul du taux de pauvret laquelle repose sur le revenu, celle-ci ne peut aboutir, nanmoins, des rsultats "exacts".

Le chercheur conomique tunisien l'universit canadienne Laval a prcis que le revenu des catgories sociales vivant dans la prcarit enregistre des changements continus, ces catgories n'occupant pas de postes d'emploi permanents et leur taux variant selon la conjoncture conomique du pays.

Il a ajout que le recours au niveau de la consommation ou dpenses familiales comme base de calcul est une mthode plus judicieuse et juste eu gard sa stabilit, d'une part, et refltant habituellement le niveau du revenu rel de l'individu, d'autre part, outre son invariabilit face aux mutations conomiques.

L'augmentation du taux de pauvret 24,7%, soit environ le quart de la population du pays, est impute, a-t-il dit, la conjoncture conomique que le pays vit en cette priode laquelle a caus le chmage de plusieurs personnes.

L'institut national de la statistique (INS) estime, dans un document publi dernirement, que les familles bnficiant des indemnits octroyes aux familles ncessiteuses et des allocations de vieillesse et autres programmes sociaux, ne peuvent pas tre considres comme des familles pauvres, conformment la mthodologie objective de dlimitation du taux de pauvret selon le concept scientifique en vigueur auprs des organisations internationales dans ce domaine.

Le document publi a ainsi critiqu la dmarche adopte par le ministre des Affaires sociales dans ce domaine.

L'Institut explique que la mthodologie poursuivie pour dterminer le taux de pauvret est celle adopte par la banque mondiale. Cette mthode value deux niveaux diffrents de la ligne de pauvret : la ligne de pauvret extrme et la ligne de pauvret suprieure.

La ligne de pauvret extrme ou pauvret absolue tient compte de l'valuation du cot des calories alimentaires qu'une personne a besoin de consommer par jour (2200 calories), outre le niveau minimum de dpenses en produits non alimentaires.

L'enqute ralise en 2005 rvle que 3,8% de la population (soit 400 mille personnes) vivent au dessous du seuil de la pauvret extrme. Cette catgorie constitue en fait le noyau dur de la pauvret.

Quant la ligne de pauvret suprieure, elle tient compte du niveau des dpenses en produits non alimentaires et ce en dehors du cot des besoins alimentaires.

Cette enqute a dmontr que 11,5% de la population, soit environ un million et 200 mille tunisiens, vivent sous le seuil de la pauvret suprieure. Cette mthode est utilise officiellement dans plusieurs pays comparables la Tunisie (aux niveaux social et conomique) comme le Maroc (13%) et l'Egypte (18%).

S'agissant de la mthodologie adopte par la BM pour dterminer le taux de pauvret, elle se base sur le calcul du pourcentage de la population vivant avec moins de deux dollars par jour, un taux quivalent une dpense de moins d'un dinar par jour en Tunisie, en tenant compte du taux d'quivalence du pouvoir d'achat et non pas du taux de change, indique l'INS.

L'Institut prcise que cette mthodologie ne permet pas d'valuer la ralit conomique tunisienne, mais reflte beaucoup plus la ralit des pays les plus pauvres qui ne possdent pas de statistiques prcises sur les dpenses familiales.

Les spcialistes (universitaires et chercheurs) attirent l'attention des autorits comptentes sur le fait que l'INS devrait garantir une information prcise et transparente.

Les statistiques, les recherches et les enqutes relatives aux conditions de vie, au chmage, devraient tre mis la disposition des spcialistes, ont-ils prcis.

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