Ahmadinejad : la bombe atomique ne sert à rien
Ahmadinejad, interviewé par CBS, considère que « le temps de la bombe atomique est passé », et qu’elle ne « sert à rien », citant en exemple la situation des américains en Irak et la déconfiture de l’Union Soviétique. Scott Pelley, le journaliste qui l’interroge, est coriace et la discussion plutôt franche. Ahmadinejad finira par lui reprocher de se comporter comme le ferait un agent de la CIA à Guantanamo... Transcription en VF.
Mahmoud Ahmadinejad répond aux question de Scott Pelley pour l’émission 60 minutes de CBS. Extraits
Pelley : C’est désormais un fait établi que les bombes iraniennes, le savoir faire iranien, tuent des américains en Irak. Vous avez du sang américain sur les mains. Pourquoi ?
Ahmadinejad : C’est ce que disent les officiels américains. Encore une fois, les américains, où que ce soit dans le monde lorsqu’ils rencontrent un problème qu’ils échouent à résoudre, au lieu de l’accepter, préfèrent en accuser les autres. Je suis tout à fait désolé qu’à cause de mauvaises décisions prises par les américains des irakiens et des soldats américains soient tués. C’est tout à fait regrettable.
Pelley : L’armée américaine a saisi des missiles iraniens en Irak. L’élément principal entrant dans la fabrication des explosifs perforants qui tuent tant de gens vient d’Iran. Il n’y a désormais aucun doute là dessus. Les démentis ne sont plus crédibles monsieur.
Ahmadinejad : Très bien. Si je peux me permettre, êtes vous un homme politique ? Dois-je vous considérer comme un journaliste ou comme un politique ? C’est ce que les américains affirment. S’ils nous accusent mille fois, la vérité n’en sera pas changée.
Pelley : Etes vous en train de dire que ce n’est pas la politique de votre gouvernement que d’envoyer des armes en Irak. Monsieur, pardonnez moi, mais vous souriez, pourtant il s’agit d’une question très sérieuse pour l’Amérique.
Ahmadinejad : Elle est sérieuse pour nous également. Je veux croire qu’elle est sérieuse pour tout le monde. Il me semble risible que quelqu’un refuse de regarder la vérité et accuse les autres. Cela n’aide en rien. La raison pour laquelle je souris, c’est parce que la situation est tellement claire. Mais les officiels américains refusent de la voir.
Pelley : pouvez vous dire que l’Iran n’envoie pas d’armes en Irak ?
Ahmadinejad : Nous n’avons pas besoin de le faire. Nous sommes tout à fait contre la guerre et l’insécurité en Irak.
Pelley : Est-ce que c’est un « non » ?
Ahmadinejad : la situation est très claire. La situation d’insécurité en Irak est contraire à nos intérêts.
Pelley : Monsieur le président, vous avez du vous réjouir plus que quiconque de la chute de Saddam Hussein. Vous le devez au président Bush. C’est l’une des meilleures choses qui aient jamais eu lieu pour votre pays.
Ahmadinejad : Après que le dictateur ait été reversé, de nombreuses personnes se sont réjouies. Mais le gouvernement américain n’a pas utilisé convenablement cette occasion en or. Il aurait du laisser le peuple irakien choisir sa voie et déterminer son propre destin.
Question : Est-ce que l’Iran a plus de 3000 centrifugeuses ?
Ahmadinejad : Non. Notre programme est tout à fait transparent. Nous sommes sous la supervision de l’AIEA. Tout est sur la table. Nous n’avons rien à cacher.
Pelley : Cela a été dissimulé pendant plus de 15 ans. Vous aviez un programme nucléaire secret.
Ahmadinejad : Qui dit cela ?
Pelley : Et bien, l’AEIA. De fait vous avez avoué que vous aviez un programme secret ces dernières années. Ce n’est pas transparent, monsieur.
Ahmadinejad : L’agence a la tâche de superviser et de poser des questions, et nous y répondons. Nos activités sont très pacifiques.
Pelley : pour être clair, dans la mesure ou la préoccupation est grande dans le monde à ce sujet, donnez-moi s’il vous plait la réponse la plus directe que vous pouvez. Est-ce votre objectif est de construire une bombe nucléaire ?
Ahmadinejad : Ou voulez vous en venir ?
Pelley : simplement ceci monsieur. Est-ce l’objectif de votre gouvernement, l’objectif de votre nation de construire une bombe nucléaire.
Ahmadinejad : Parce que vous pensez que la technologie nucléaire se limite à celle des bombes ? Que vous pouvez seulement construire une bombe avec elle ?
Pelley : je connais ces différences, monsieur. Mais ma question se limite à la bombe.
Ahmadinejad : Vous devez reconnaître que nous n’avons pas besoin de bombe nucléaire. Nous n’avons pas besoin de cela. Quel est le besoin d’avoir une bombe ?
Pelley : puis je interpréter cela comme un « non », monsieur ?
Ahmadinejad : C’est un « Non » ferme. Et je vais être encore plus ferme maintenant. Dans les relations politiques aujourd’hui, la bombe nucléaire n’est d’aucune utilité. Si elle était utile, elle aurait empêché la chute de l’Union Soviétique. Si elle était utile, elle aurait résolu les problèmes que les américains ont en Irak. Le temps de la bombe est dépassé.
Pelley : En ce moment nos deux pays marchent peut-être sur la voie menant à la guerre. Comment allez vous convaincre le président Bush ? Comment allez vous convaincre les autres nations occidentales... ?
Ahmadinejad : Quelles sont les deux parties qui marchent vers la guerre ?
Pelley : l’Iran, les Etats-Unis, les pays occidentaux.
Ahmadinejad : c’est une erreur de penser que les USA et les l’Iran marchent vers la guerre. Qui le dit ? Pourquoi irions nous vers la guerre ? Il n’y a pas de guerre en perspective. C’est de la guerre psychologique. Si on a des différences de vues on peut utiliser la logique pour résoudre ces différences.
(...)
Pelley : Quel est le trait de caractère que vous admirez chez Bush ?
Ahmadinejad : Et vous, comme citoyen américain qu’admirez vous en lui ?
Pelley : M. Bush, par exemple, est un homme très religieux, comme vous l’êtes vous-même.
Ahmadinejad : Quelle religion, dites le moi s’il vous plait, demande à ses fidèles d’occuper un pays étranger et de tuer ses habitants ? Dites le moi s’il vous plait, est-ce que la religion chrétienne dit à ses fidèles de faire cela ?
Pelley : J’en conclus que vous ne trouvez rien que vous pourriez apprécier chez le président Bush.
Ahmadinejad : Je ne connais pas le président Bush dans sa vie privée. Peut-être est-ce en privé un homme très charmant ou décidé.
Pelley : j’ai demandé au président Bush ce qu’il aurait à vous dire si vous étiez ici, face à face. Il m’a déclaré que « vous aviez pris de mauvaises décisions pour votre peuple. Vous avez isolé votre nation, votre peuple fier et respectable, et fait de votre pays un paria dans le monde. » Ce sont les mots du président Bush. Que répondez vous ?
Ahmadinejad : Le président bush est libre de penser à sa guise et de parler à sa guise. Je ne pense pas que le président Bush ait dit cela. Je préfère plutôt penser qu’il s’agit là de votre impression sur ce que le président a dit.
Pelley : je le cite directement.
Ahmadinejad : Il s’agit d’une citation... Alors donc ceci m’indique qu’il existe un grand fossé entre nous.
Pelley : le président Bush s’est engagé à ce que vous ne soyez pas autorisé à posséder une arme nucléaire, et qu’il utilisera la force si nécessaire.
Ahmadinejad : je pense que si monsieur Bush veut que son parti gagne les prochaines élections, il y a des moyens moins coûteux pour y arriver. Je pourrais tout à fait lui donner quelques conseils pour que les gens votent pour lui. Il devrait respecter le peuple américain. Ils ne devraient pas procéder à des écoutes téléphoniques sur les conversations de leurs concitoyens. Ils ne devraient pas tuer les fils et les filles de la nation américaine. Ils ne devraient pas dilapider l’argent des contribuables et le donner à des fabricants d’armes. Ils devraient aussi aider les gens, les victimes de l’ouragan Katrina. Les gens voteront pour eux s’ils font cela. Ce que je dois dire, c’est que je suis tout à fait sincère ici. Je suis musulman. Je n’ai pas le droit de mentir.
Pelley : Mais lorsque je vous pose une question aussi directe que « Vous engagez-vous à ne pas tester une arme nucléaire ? » vous réagissez en tournant autour de la question. Vous ne dites jamais « oui », vous ne dites jamais « non »
Ahmadinejad : Et bien merci pour cela. Vous êtes comme un interrogateur de la CIA. Vous êtes...
Pelley : je suis un journaliste, je suis simplement un journaliste américain normal
Ahmadinejad : Nous ne sommes pas à Guantanamo. Ici ce n’est pas une prison à Bagdad. Ici ce n’est pas une prison secrète en Europe. Ici ce n’est pas Abou Graib. Ici c’est l’Iran [1]. Et je suis le président de cette nation !
[1] L’entretien a été conduit à Téhéran
Publication originale CBS,
traduction Contre Info
Mahmoud Ahmadinejad répond aux question de Scott Pelley pour l’émission 60 minutes de CBS. Extraits

Pelley : C’est désormais un fait établi que les bombes iraniennes, le savoir faire iranien, tuent des américains en Irak. Vous avez du sang américain sur les mains. Pourquoi ?
Ahmadinejad : C’est ce que disent les officiels américains. Encore une fois, les américains, où que ce soit dans le monde lorsqu’ils rencontrent un problème qu’ils échouent à résoudre, au lieu de l’accepter, préfèrent en accuser les autres. Je suis tout à fait désolé qu’à cause de mauvaises décisions prises par les américains des irakiens et des soldats américains soient tués. C’est tout à fait regrettable.
Pelley : L’armée américaine a saisi des missiles iraniens en Irak. L’élément principal entrant dans la fabrication des explosifs perforants qui tuent tant de gens vient d’Iran. Il n’y a désormais aucun doute là dessus. Les démentis ne sont plus crédibles monsieur.
Ahmadinejad : Très bien. Si je peux me permettre, êtes vous un homme politique ? Dois-je vous considérer comme un journaliste ou comme un politique ? C’est ce que les américains affirment. S’ils nous accusent mille fois, la vérité n’en sera pas changée.
Pelley : Etes vous en train de dire que ce n’est pas la politique de votre gouvernement que d’envoyer des armes en Irak. Monsieur, pardonnez moi, mais vous souriez, pourtant il s’agit d’une question très sérieuse pour l’Amérique.
Ahmadinejad : Elle est sérieuse pour nous également. Je veux croire qu’elle est sérieuse pour tout le monde. Il me semble risible que quelqu’un refuse de regarder la vérité et accuse les autres. Cela n’aide en rien. La raison pour laquelle je souris, c’est parce que la situation est tellement claire. Mais les officiels américains refusent de la voir.
Pelley : pouvez vous dire que l’Iran n’envoie pas d’armes en Irak ?
Ahmadinejad : Nous n’avons pas besoin de le faire. Nous sommes tout à fait contre la guerre et l’insécurité en Irak.
Pelley : Est-ce que c’est un « non » ?
Ahmadinejad : la situation est très claire. La situation d’insécurité en Irak est contraire à nos intérêts.
Pelley : Monsieur le président, vous avez du vous réjouir plus que quiconque de la chute de Saddam Hussein. Vous le devez au président Bush. C’est l’une des meilleures choses qui aient jamais eu lieu pour votre pays.
Ahmadinejad : Après que le dictateur ait été reversé, de nombreuses personnes se sont réjouies. Mais le gouvernement américain n’a pas utilisé convenablement cette occasion en or. Il aurait du laisser le peuple irakien choisir sa voie et déterminer son propre destin.
Question : Est-ce que l’Iran a plus de 3000 centrifugeuses ?
Ahmadinejad : Non. Notre programme est tout à fait transparent. Nous sommes sous la supervision de l’AIEA. Tout est sur la table. Nous n’avons rien à cacher.
Pelley : Cela a été dissimulé pendant plus de 15 ans. Vous aviez un programme nucléaire secret.
Ahmadinejad : Qui dit cela ?
Pelley : Et bien, l’AEIA. De fait vous avez avoué que vous aviez un programme secret ces dernières années. Ce n’est pas transparent, monsieur.
Ahmadinejad : L’agence a la tâche de superviser et de poser des questions, et nous y répondons. Nos activités sont très pacifiques.
Pelley : pour être clair, dans la mesure ou la préoccupation est grande dans le monde à ce sujet, donnez-moi s’il vous plait la réponse la plus directe que vous pouvez. Est-ce votre objectif est de construire une bombe nucléaire ?
Ahmadinejad : Ou voulez vous en venir ?
Pelley : simplement ceci monsieur. Est-ce l’objectif de votre gouvernement, l’objectif de votre nation de construire une bombe nucléaire.
Ahmadinejad : Parce que vous pensez que la technologie nucléaire se limite à celle des bombes ? Que vous pouvez seulement construire une bombe avec elle ?
Pelley : je connais ces différences, monsieur. Mais ma question se limite à la bombe.
Ahmadinejad : Vous devez reconnaître que nous n’avons pas besoin de bombe nucléaire. Nous n’avons pas besoin de cela. Quel est le besoin d’avoir une bombe ?
Pelley : puis je interpréter cela comme un « non », monsieur ?
Ahmadinejad : C’est un « Non » ferme. Et je vais être encore plus ferme maintenant. Dans les relations politiques aujourd’hui, la bombe nucléaire n’est d’aucune utilité. Si elle était utile, elle aurait empêché la chute de l’Union Soviétique. Si elle était utile, elle aurait résolu les problèmes que les américains ont en Irak. Le temps de la bombe est dépassé.
Pelley : En ce moment nos deux pays marchent peut-être sur la voie menant à la guerre. Comment allez vous convaincre le président Bush ? Comment allez vous convaincre les autres nations occidentales... ?
Ahmadinejad : Quelles sont les deux parties qui marchent vers la guerre ?
Pelley : l’Iran, les Etats-Unis, les pays occidentaux.
Ahmadinejad : c’est une erreur de penser que les USA et les l’Iran marchent vers la guerre. Qui le dit ? Pourquoi irions nous vers la guerre ? Il n’y a pas de guerre en perspective. C’est de la guerre psychologique. Si on a des différences de vues on peut utiliser la logique pour résoudre ces différences.
(...)
Pelley : Quel est le trait de caractère que vous admirez chez Bush ?
Ahmadinejad : Et vous, comme citoyen américain qu’admirez vous en lui ?
Pelley : M. Bush, par exemple, est un homme très religieux, comme vous l’êtes vous-même.
Ahmadinejad : Quelle religion, dites le moi s’il vous plait, demande à ses fidèles d’occuper un pays étranger et de tuer ses habitants ? Dites le moi s’il vous plait, est-ce que la religion chrétienne dit à ses fidèles de faire cela ?
Pelley : J’en conclus que vous ne trouvez rien que vous pourriez apprécier chez le président Bush.
Ahmadinejad : Je ne connais pas le président Bush dans sa vie privée. Peut-être est-ce en privé un homme très charmant ou décidé.
Pelley : j’ai demandé au président Bush ce qu’il aurait à vous dire si vous étiez ici, face à face. Il m’a déclaré que « vous aviez pris de mauvaises décisions pour votre peuple. Vous avez isolé votre nation, votre peuple fier et respectable, et fait de votre pays un paria dans le monde. » Ce sont les mots du président Bush. Que répondez vous ?
Ahmadinejad : Le président bush est libre de penser à sa guise et de parler à sa guise. Je ne pense pas que le président Bush ait dit cela. Je préfère plutôt penser qu’il s’agit là de votre impression sur ce que le président a dit.
Pelley : je le cite directement.
Ahmadinejad : Il s’agit d’une citation... Alors donc ceci m’indique qu’il existe un grand fossé entre nous.
Pelley : le président Bush s’est engagé à ce que vous ne soyez pas autorisé à posséder une arme nucléaire, et qu’il utilisera la force si nécessaire.
Ahmadinejad : je pense que si monsieur Bush veut que son parti gagne les prochaines élections, il y a des moyens moins coûteux pour y arriver. Je pourrais tout à fait lui donner quelques conseils pour que les gens votent pour lui. Il devrait respecter le peuple américain. Ils ne devraient pas procéder à des écoutes téléphoniques sur les conversations de leurs concitoyens. Ils ne devraient pas tuer les fils et les filles de la nation américaine. Ils ne devraient pas dilapider l’argent des contribuables et le donner à des fabricants d’armes. Ils devraient aussi aider les gens, les victimes de l’ouragan Katrina. Les gens voteront pour eux s’ils font cela. Ce que je dois dire, c’est que je suis tout à fait sincère ici. Je suis musulman. Je n’ai pas le droit de mentir.
Pelley : Mais lorsque je vous pose une question aussi directe que « Vous engagez-vous à ne pas tester une arme nucléaire ? » vous réagissez en tournant autour de la question. Vous ne dites jamais « oui », vous ne dites jamais « non »
Ahmadinejad : Et bien merci pour cela. Vous êtes comme un interrogateur de la CIA. Vous êtes...
Pelley : je suis un journaliste, je suis simplement un journaliste américain normal
Ahmadinejad : Nous ne sommes pas à Guantanamo. Ici ce n’est pas une prison à Bagdad. Ici ce n’est pas une prison secrète en Europe. Ici ce n’est pas Abou Graib. Ici c’est l’Iran [1]. Et je suis le président de cette nation !
[1] L’entretien a été conduit à Téhéran
Publication originale CBS,
traduction Contre Info











Comments
1 de 1 commentaires pour l'article 11424