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| Les techniques de la musique tunisienne
Au XVI° siècle, suite à
l'hégémonie turque, la musique classique tunisienne adopte les deux formes
turques que sont le Bashraf et la Samaî. Abdulwahab estime que
la musique tunisienne a connu trois phases d'influences extérieures : Mais l'influence tunisienne a joué un grand rôle.
En Tunisie, on parle de
Bashraf-Samaî. La musique turque a persisté tandis que la musique tunisienne
s'est dispersée, faute de bon moyen de transmission. Nous pouvons bien sûr observer une évolution avec des similitudes entre la musique orientale et la musique occidentale, mais la rapidité d'évolution et la forme que prend cette évolution n'est pas la même, la musique orientale semble être restée la plus humaine, la plus vivante, mais cela reste bien sûr un avis un peu personnel et subjectif, mais nous devons bien nous résoudre à considérer la musique orientale comme une musique moins figée que la nôtre. La notation et la théorie n'étant que secondaire, la musique garde une énorme vigueur. Mais, (la
mondialisation ?), l'uniformisation des sociétés et la révolution
informationnelle, définie par Walter Stucky : " Musique et société en Tunisie " Mustapha Chalbi Des takbirs du muezzin
à l'aube jusqu'aux muwachahats crépusculaires, la musique est présente dans
les rues de la cité, transformant les gestes de la vie quotidienne en une
représentation spectaculaire. La cité islamique est sonore, pleine de
mélodies et de cris pouvant fournir de précieux renseignements aux
ethnologues et aux sociologues. La musique varie aussi
en fonction du temps : Les " Frères de la
Pureté " ont établi les propriétés de certaines notes : Nous pouvons aussi citer un autre passage qui corrobore les propos de Walter Stucky : Le discours médiatique a, en quelque sorte, dérangé la cohérence musicale arabe qui n'est plus capable d'assurer le véritable tarab. La musique rurale est
dite folklore. En Tunisie, comme dans d'autres pays du Maghreb d'ailleurs, on parle de musique " génétique " : elle fait corps avec la société, contrairement à la musique " commerciale ". Etre musicien n'était pas un métier, la musique était considérée comme un art secondaire Aucun instrument musical ne peut pénétrer dans l'enceinte de la mosquée. La psalmodie est un chant sans instrument la mélodie opère sur l'affectivité des auditeurs. Dans les gammes majeur et mineur, donc dans la musique occidentale, notamment la musique française, il n'y a pas de sica (1/4 de ton). Pour les tunisiens, la musique orientale est plus facile à jouer, beaucoup jouent à l'oreille car ce fut longtemps une tradition orale. Depuis les années 90, on peut observer une fusion entre les styles orientaux et occidentaux, la musique devient universelle, et elle le reste. La musique permet de former une " passerelle " entre ces deux " mondes ", ou plutôt, entre ces deux sociétés séparées par une langue. Nous observons d'ailleurs ce phénomène en France, avec le raï, et plus précisément la tournée " 1, 2, 3 Soleil " où les chants arabes et français se côtoyaient et s'unissaient. La musique populaire du Maghreb se dote d'instruments occidentaux, tel que le violon, le violoncelle, mais il n'y a que peu de changement dans le fondement de cette musique. La musique religieuse ne connaît que peu de changements, et ces changements ne sont que progressifs, nous connaissons le même phénomène en France. Les chants anciens, dans la religion sont les mieux considérés, et surtout, les plus connus donc les plus chantés. Un élément très important de la musique orientale, et donc tunisienne, est l'improvisation du musicien qui, généralement suit un maqam (maqâm) et égraine ses notes. On appelle cela le Khawatar : improvisation du cœur, les sentiments s'expriment librement à travers la mélodie, sans cesse renouvelée et censée être infinie car impromptue. Dans la musique arabe,
l'emploi des nuances est quasiment absent (sauf dans la musique turque).
L'art du contre-chant est encore timide dans les formations musicales
tunisiennes (et arabes). Il existe une infinité
de modes (maquamat) dans la musique orientale. La musique orientale est, sur
ce point beaucoup plus riche et diversifiée que la musique occidentale. Les MaqâmâtLe terme de maqâmât,
que l'on traduit par "séances", désigne un genre littéraire arabe classique,
développé au Xe siècle. Il est composé de récits courts et indépendants en
prose rimée avec des insertions de poésie. Créé par al-Hamadhânî (968-1008),
ce genre d'une virtuosité stylistique étincelante, culmine avec al-Harîrî
(1054-1122). Mais cette petite définition pourra peut-être permettre de mieux cerner ce qu'est cette notion fondamentale du mode. Les traditionnels Râst et Nahawand reposent sur la gamme de do majeur, tandis que le Bayyâti, le Hijâz, et le Sabâ reposent sur la gamme de ré majeur. Râst Râst signifie "raide" ou "droit" en Persan. C'est très ressemblant à la majorité des gammes, mais avec le troisième et le septième degré abaissé, en gros, d'un quart de ton. Lorsque l'on descend cette gamme, le septième degré est souvent altéré totalement Nahawand Le nahawand est
similaire aux gammes mineur " harmonique " durant le mouvement ascendant, et
similaire aux gammes mineurs naturelles durant le mouvement descendant : Bayyâtî Le bayyati utilise la
note ré comme tonique avec le deuxième et le sixième alterné par,
approximativement, un quart de ton. Lors du mouvement descendant, le sixième
degré est généralement totalement alteré : Hijâz Le hijâz a pour tonique
ré. De même, lors du mouvement descendant, le sixième degré est bien souvent
totalement alteré : Sabâ Le mot sabâ se rapporte
aux brises de l'est et ce maqâm est souvent associé à un sentiment de
tristesse. Notez que le mode n'inclue pas une octave d'intervalle : Il s'agit maintenant de
vous expliquer l'utilisation qu'un musicien peut faire de ces différents
maqâmat ! Il faut bien sûr savoir que la liste qui vous a été donnée ici
n'est absolument pas exhaustive, mais la plupart des musiciens les
utilisent. Les autres maqâmat, très nombreux, sont moins utilisés.
La musique savante arabe se distingue de la musique occidentale par de nombreux caractères, dont deux principaux. Tout d'abord, elle privilégie la voix et le chant. C'est une musique mélodique dans laquelle les instruments tiennent un rôle secondaire. Ainsi, elle n'est fondée pratiquement que sur l'exploitation et le perfectionnement de la voix humaine et du chant. La musique arabe appartient principalement à la tradition orale et aux civilisations non-écrites. Même si la notation musicale a été empruntée à l'Occident, la musique arabe n'est encore que très peu écrite. Le takht est l'orchestre arabe de musique savante. Son nom rappelle que les musiciens, autrefois, prenaient place sur des divans lorsqu'ils étaient invités dans les palais des califes ou des sultans. Le takht classique remonte à la période d'avant l'Islam. Bien qu'il soit de composition variable, Il contient généralement le luth ûd, la cithare qanun, une ou deux vièles kemanjeh, plus rarement la flûte nay et quelques instruments à percussion. Si la musique savante est née sous les Omeyyades, son âge d'or se situe sous les califes Abbassides ( 750-1253 ), grâce au soutien de califes tels qu'Harun al-Rashid, qui éleva la musique au rang d'art noble. Sous son règne est même créée, grâce à Ibrahim al-Mawsilli, ( un musicien ), une école de musique à Bagdad, qui forme des esclaves chanteuses et enseigne le chant, la diction, la poésie, et le jeu du luth. Le fils d'Ibrahim, Ishaq, reprend l'œuvre de son père et l'améliore jusqu'à donner à la musique savante sa forme définitive. Les origines de la
musique arabe se confondent en trois sources principales : Qu'en est-il de la musique arabo-andalouse ? On entend par musique arabo-andalouse la musique originaire d'Al-Andalus, qui est le nom donné par les arabes à la péninsule ibérique qu'ils occupèrent pendant sept siècles . La dynastie des
ommeyades s'installe en Al-Andalus organisant une vie de cour . Après la chute de Grenade en 1492 et donc la fin de la présence arabe en Al-Andalus, de nombreuses familles retrouvèrent refuge au Maghreb dont le Maroc ; ils amenèrent avec eux tout leur patrimoine culturel dont la musique. Cette musique, originaire donc d'Al-Andalus, a continué de se développer au Maroc, lui donnant ses caractéristiques propres . Caractéristiques de la musique arabo-andalouse Ziryab est le grand maître de l'école arabo-andalouse . Il est à Bagdad le disciple d'Ishaq al Mawali , maître de l'école des udistes . Devenant meilleur que son maître, Ziryab est obligé de quitter Bagdad, il se retrouve à Cordoue en 822 . Il est un musicien extraordinaire mais aussi un grand lettré, un astronome, un géographe. Il a amené avec lui la grande tradition des udistes en Al-Andalus . Il a inventé avant tout le système des noubas qui a déterminé les formes, les genres et les modes pratiqués encore de nos jours . Qu'en est-il de la musique religieuse arabe ? La musique pour arriver
à la transe se trouve être une tradition dans l'Islam. La tradition
musulmane a toujours associé étroitement la musique et la transe, plus
particulièrement dans les confréries soufis . Pour les soufis la transe tient une grande place dans la quête spirituelle et met en communication directe avec Dieu ; la transe s'obtient souvent par la musique . Les soufis ont
développé deux cérémonies associant la musique à leur quête spirituelle : Le Sama Signifie une audition,
c'est une cérémonie faite de prière, de musique et de danses qui fait
accéder à l'état de grâce et d'extase . Le dikr C'est une prière qui
peut être comparée à une litanie, le nom de Dieu est inlassablement répété
jusqu'à prendre le corps puis l'esprit, amenant ainsi à un état de transe et
à un anéantissement de la conscience .
2. Particularité de la musique tunisienne vis-à-vis des autres pays du Maghreb
La musique tunisienne est parfois définie comme étant l'ensemble des chants andalous anciens sur lesquels furent greffés des modes et des injections d'origine turque, persane et quelque fois grecque, en plus de l'ajustement qui s'y opère de temps à autre résultant de l'influence de facteurs régionaux. (selon Abdulwahab) La musique
tunisienne traditionnelle compte treize modes : En suivant mon expérience en Tunisie auprès de différents musiciens, il semblerait qu'ils tentent de conserver la tradition de la transmission orale de ces modes, aussi n'ai-je pas pu tous les connaître. Les instruments
principaux de la musique tunisienne traditionnelle sont : La musique tunisienne
est différente des autres pays du Maghreb. Ne serait-ce que par son rythme
qui est différent du rythme algérien ou marocain. Dans la musique
tunisienne, les demi-tons ne sont pas les mêmes : histoire de komas
(intervalles très petits) entre le ré et le mi, il y a neuf komas, le demi
bémol tunisien est plus avancé d'un ou de deux komas. Mais il n'y a pas de
règle bien définie, il faut connaître et discerner cela à l'oreille. Les
égyptiens ne peuvent pas jouer la musique tunisienne et les tunisiens ne
peuvent pas jouer la musique égyptienne. Cependant, ils sont accordés de la
même manière. Seuls les Turcs sont accordés différemment. Si un Egyptien et
un Tunisien jouent ensemble, leur " ré " seront pareils, mais les " mi "
demi-bémols seront différents. Il y a de grandes différences entre les
tonalités de différents pays. Voici un exemple de
musique de la vie de tous les jours à Sfax, Il y a un mélange
progressif entre la musique tunisienne et occidentale. Certaines chansons
son composées de textes arabes et de musiques européennes. Ou on mélange
parfois de la musique turque (gamme volant du grave à l'aigu) et de la
musique tunisienne. Les sons de la musique
traditionnelle du Japon et de la Tunisie ont, selon Ben Sta Hatem, des
similitudes. (son portable sonne, vive le modernisme). Parmi les musiciens, chanteurs et compositeurs tunisiens les plus célèbres, on peut citer Khémaïs Tarnane, Cheïkh El Efrit,Raoul Journou, Saliha, Habiba M'sika, Fethia Khaïri, Chéfia Rochdi, Oulaya, Naâma, Salah Mehdi, Ali Riahi, Hédi Jouini, Hammadi Ben Othman, Lotfi Bouchnak, Sonia Mbarek. La musique tunisienne a
été également influencée par le foundou et le zindali , les deux principales
formes de musique populaire.
B. Enseignement de la musique en Tunisie
1. Enseignement de la musique dans les écoles spécialisées et les écoles normales
En règle générale, les
étudiants de l'Institut Supérieur de Musique à Tunis désirant devenir
musicien ou professeur de musique travaillent de nombreuses heures leurs
musiques. Parfois un musicien peut jouer cinq heures par jour ! L'accent est mis sur la polyvalence du musicien, il doit maîtriser la musique orientale et avoir une certaine connaissance de la musique occidentale pour pouvoir entrer dans certains milieux ou certains orchestres. Au conservatoire Srarfi,
un éveil musical est réalisé dès l'âge de cinq ans. Les enfants sont
acceptés à partir de huit ans au conservatoire. Nizar est professeur de
musique au lycée pilote pour les arts en Tunisie, voyons comment il perçoit
et il conçoit l'enseignement de la musique en Tunisie. 2. Enseignement de la musique populaire
La musique populaire
n'est que très rarement enseignée, elle s'apprend essentiellement " sur le
terrain ". La musique populaire est surtout transmise oralement, c'est ce qui fera ma difficulté à la saisir et à la traduire sur un rapport.
Le milieu de la musique tunisienne
A. Les musiciens
1. Le contact entre les musiciens
Selon la chanteuse Kaouthar, il y a une ambiance magnifique : les musiciens cherchent le bonheur des autres et tentent de partager leurs émotions. L’orchestre national est connu dans tout le Maghreb et dans la plupart des pays arabes. Mais c’est une participation d’artistes, ce n’est pas une troupe permanente, personnes rassemblées juste pour l’ouverture du festival international de Carthage et pour d’autres festivals. C’est pour cela que si j’assiste à d’autres festivals, je risque de rencontrer les mêmes musiciens, car ces derniers sont peu nombreux et donc se déplacent.
Je rencontre un impresario avenue de la liberté : Rhabelsi Ali dit Boussembra. Les clients viennent ici pour des spectacles qu’ils veulent organiser (exemple : les mariages), ils demandent des musiciens et des chanteurs, il leur propose des musiciens en indiquant le cachet qu’ils demandent. (pour les mariages : de 21 h jusqu’à 1 h). Il prend environ dix pour-cent sur les cachets qui peuvent aller jusqu’à 1 200 ou 1 300 dinars tunisiens, soit près de 6 500 francs. La saison s’étale de début juillet à fin septembre. Il choisit les musiciens et deux ou trois chanteurs pour une soirée. Il mélange des musiciens expérimentés avec des musiciens plus modestes pour qu’ils apprennent « sur le tas ». Lui-même est chanteur depuis 1954, il connaît quasiment tous les musiciens et chanteurs de Tunis. Les chansons égyptiennes, algériennes et libyennes sont fort appréciées en Tunisie. Il fait deux ou trois festivals par saison. Il connaît entre quatre cents et cinq cents musiciens. A la fin de leurs études, des étudiants deviennent musiciens de fortune pour gagner un peu d’argent. Certains font ensuite carrière. L’impresario organise des répétitions dans des salles louées ou bien chez lui. Il représente avec son orchestre des musiques andalouses, populaires et autres. Les musiciens sont très soudés et se soutiennent. C’est le client qui choisit les chanteurs. Peu de chanteurs chantent leurs compositions (que les chanteurs célèbres le font). Avec l’ONTT, il se déplace et organise des concerts dans tous les pays européens et les pays du Maghreb.
2. Le contact entre les différentes générations de musiciens
La transmission du savoir musical est importante mais difficile, cependant, les jeunes existent avec les anciens, ils améliorent leur sens artistique avec les anciens qui ont plus d’expérience puis ils innovent ou continuent l’œuvre des anciens.
Nouri (de Tunis, voir le journal de route au jeudi 12 juillet 2001) considère que pour l’instant, les grandes stars de la musique arabe sont mortes. Les chanteurs actuels sont surnommés chanteurs sandwichs : ils chantent deux minutes, alignent quatre ou cinq mots et puis on s’en remange un autre juste après. Les mélodies sont moins travaillées qu’avant. Le décor prend une importance capitale dans les clips, il faut une présence féminine pour intéresser le téléspectateur et c’est tout. Nouri a une certaine nostalgie de la musique tunisienne de jadis qui était plus consistante, plus riche dans la recherche artistique, on se régalait deux fois : une première fois avec la musique puis une seconde fois avec la beauté des paroles. Il ne perçoit aucun espoir d’amélioration, les clips se ressemblent tous, les filles adoptent les mêmes positions et arborent les mêmes habits. Les jeunes semblent se contenter des chanteurs hamburgueurs.
Les jeunes tiennent en général à leurs racines, mais le raï est très répandu, le hip-hop est très en vogue et la soul musique se répand. Certains s’occidentalisent de plus en plus, il existe de nouvelles écoles n’enseignant que la musique occidentale, une profusion de ballets, de groupe et de danse.
En règle général, une certaine nostalgie subsiste au cœur des Tunisiens, l’évolution actuelle de la musique tunisienne ne répond pas toujours à leurs attente, l’argent semble prendre plus de place qu’avant (trop, peut-être). La musique semble moins bien travaillée, les artistes ne semblent faire que du « show ». Mais nous connaissons exactement le même phénomène en France (voir le phénomène minimaliste « techno » qui fait des rave…ages).
Nous pouvons ici citer le phénomène d’acculturation.
B. Les chanteurs, compositeurs et autres artistes
1. Les difficultés des musiciens
Pour les musiciens, une carte professionnelle (qui s’obtient après un diplôme d’examen national) permet d’être en règle vis-à-vis de l’état et de pouvoir gagner de l’argent. Il n’y a pas réellement de statut de musicien reconnu. Un exemple flagrant : il n’y a qu’un seul orchestre symphonique dans toute la Tunisie.
Les parents parfois n’acceptent pas que leur fils fasse de la musique. Ils ont peur pour leur fils car parfois il peut faire au petit matin, après une représentation, des rencontres dangereuses. Il peut commencer à boire, à fréquenter des gens pas « sérieux ». Pour un chanteur qui au début à peu de connaissance, il doit acquérir de l’expérience, ses parents le soutiennent dans ses balbutiements.
Les jeunes musiciens ont du mal pour les premiers contacts avec les compositeurs, la RTT, la radio, les groupes, les organisateurs de festivals ou les soirées privées. Les parents acceptent généralement que leur garçon chante, mais pour une fille, c’est plus difficile. Peu de familles refusent dans les grandes villes, mais il n’en va pas de même en campagne.
Ecrivain, compositeur et chanteur, sont les trois étapes pour la création d’une musique. Le chanteur contacte un écrivain puis, lorsqu’il a le texte, il cherche le compositeur qui lui convient. Pour finir, il va au studio d’enregistrement. Il y a peu d’auteur-compositeur-interprète. Nizar considère que la concurrence entre les différents musiciens et poètes est une belle concurrence qui sert d’émulation, chacun tente de se surpasser.
Chaque année, en avril, il y a un festival de la chanson tunisienne où se produisent des chanteurs et des compositeurs professionnels. Il y en a d’autres pour les amateurs, à Menzel Tamim, par exemple. Les jeunes musiciens doivent faire leurs preuves. Ce n’est pas évident, ils doivent affronter les concurrences même extérieurs à la Tunisie, telles que les musique américaines.
2. La vie des chanteurs, compositeurs et autres artistes de la musique
J’interviewe Kaouthar, actrice participant au spectacle musical et chantant les compositions du regretté Salah Khmisi lors du festival 2001 de Carthage. Selon elle, le problème des compositeurs est de trouver des paroles adéquates, de définir des sujets pour plaire au public tunisien. Il faut rechercher la bonne qualité et la nouveauté or la plupart des thèmes sont déjà épuisés.
Les cachets des artistes ne sont pas faramineux, on ne peut souvent pas vivre de sa musique. Mais il y a beaucoup de festivals et de mariages, donc si le chanteur s’accroche, il peut devenir célèbre (mais difficilement riche). Il faut aimer son art, ne pas rechercher le gain. Les débuts sont souvent fort difficiles : il faut persister.
Les sujets les plus souvent traités en musique sont : l’amour, les séparations, les problèmes entre une femme et son mari, on chante pour ses parents, on cherche les jeux de mots. Il faut chanter pour l’avenir, pas pour les problèmes. La musique sert d’exutoire.
Les imprésarios cherchent Wahid ou les clients le contactent directement. Il n’y a pas de répétition avant un mariage : tout se fait au moment même, dans le feu de l’action. Il n’y a de répétitions qu’avant les festivals ou les grandes fêtes. Il joue la musique tunisienne, orientale, mais pas folklorique. La mentalité des jeunes et leurs pratiques et techniques musicales sont différentes. Il y a une dichotomie entre les personnes de cinquante et de vingt ans (même phénomène qu’en France). Certains musiciens arrivent à vivre de leur musique. Des musiciens professionnels sont professeurs, certains sont fonctionnaires ou commerçants. Lui-même doit un peu travailler pour bien vivre. Messaoud Imed essaie de composer. Il s’appuie sur les modes tunisiens. Il effectue quelques modulations au cours d’un même morceau (pour une composition, il peut utiliser plusieurs modes différents). Il exploite les paroles d’un de ses amis poète qui a seulement été au lycée, il perçoit l’écriture comme un don qui ne doit pas s’étudier. Ce poème parle d’amour, d’amitié et de la patrie. Il en possède un autre qui traite de la vie familiale. Il a reçu plusieurs poèmes pour choisir le poème qui lui convient le mieux, il compose accompagné de son luth. Parfois, il compose la mélodie juste avec le chant, il s’enregistre alors sur un dictaphone et tente de retrouver la mélodie une fois chez lui. Ceci est aisé pour lui, grâce aux restes de la tradition orale. Il est toujours conscient du mode qu’il utilise (il a donc plus de facilité lorsqu’il s’agit de retrouver d’oreille une mélodie qu’il a composé dans le train par exemple et qu’il essaye d’en écrire la partition).
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