Notre pays et les olympiades, c’est l’histoire d’une lente évolution. Depuis la naissance du Comité national olympique en 1957 et la première participation aux Jeux olympiques à Rome, la Tunisie entretient des liens puissants avec le rendez- vous quadriennal. Quatre ans seulement après l’ indépendance, 43 sportifs ont fait le voyage en Italie. Un "record" qui ne sera battu que ... 36 ans après aux Jeux d’Atlanta.
Découvrant l’impact positif sur son image, la Tunisie a transformé le champ olympique en territoire de séduction. Les trois premières participations sont chacune l’ occasion d’un nouvel espace conquis.
Le déclic eut lieu en 1964 à Tokyo, avec les deux premières médailles historiques de Mohamed Gammoudi (argent sur 10.000 m) et du grand boxeur Habib Galhia ( bronze) qui ouvrent la porte d’une période faste du sport tunisien. En 1968, à Mexico, le flamboyant Mohamed Gammoudi entre dans le panthéon olympique, ouvrant la voie dans laquelle vont s’engouffrer des générations d’Africains, dont les plus illustres sont Philbert Bayi (Tanzanie), Morceli (Algérie), Aouita et El Guerroudj (Maroc).
Cette percée extraordinaire était faite pour durer mais elle restera hélas limitée aux seuls exploits de ces deux pionniers, malgré le retour d’espoir grâce au boxeur Fethi Missaoui en... 1996.
Rapport investissement- résultat
Comparée aux moissons de médailles que les grandes puissances africaines remportent tous les quatre ans dans les joutes olympiques, le pécule tunisien reste limité. Si l’on raisonne en termes de rapport investissement-résultat, le sport national joue encore les petit bras, malgré les gros moyens investis, les infrastructures réalisées et les progrès décisifs accomplis dans les sports collectifs et individuels. A l’image du handball (4e rang mondial en 2005 mais non qualifié pour les JO 2008), du judo ( Anis Lounifi champion du monde en 2003, Ahlem Azzabi championne du monde juniors, aujourd’hui à la retraite, Mohamed Bouguerra vice-champion du monde junior, Houda Miled 3e au championnat du monde juniors 2006), de la natation (Oussama Mellouli ) ou de quelques autres disciplines comme l’haltérophilie (Khelil Maouia, champion du monde junior), la marche ( Hatem Ghoula , 3e mondial en 2007) le Tae kwondo ( Khaoula Ben Hamza, championne du monde junior 2008), l’aviron (Ibtissem Trimeche 4e mondiale moins 23 ans en 2004, 7e mondiale et 3e dans une manche coupe du monde en 2003) et le cyclisme ( Rafaâ Chtioui, vice-champion du monde junior en 2004, 19e et 20e mondial respectivement en 2005 et 2007). Par ailleurs, la multiplication des centres de formation et d’entraînement régionaux, l’optimisation des offres de bourses olympiques et de coopération ainsi que l’introduction des normes scientifiques devaient permettre à notre sport de sortir petit à petit de son mutisme olympique et de renouer avec le podium.
Volonté politique soutenue, énormes moyens financiers, une jeunesse ambitieuse et un remarquable potentiel sportif, tout cela est significatif mais le maillon faible a un seul nom : la programmation! C’est la bouteille à l’encre. La mise à niveau d’un sportif olympique ne peut pas être identique à celle d’un sportif de niveau régional. D’autre part, les changements fréquents de l’encadrement et des programmes de préparation au cours d’une seule période olympique accentue le fossé. D’ailleurs, rares sont les sportifs prometteurs qui ont duré plus de deux ans au même niveau, voire assuré une certaine permanence une fois montés chez les séniors. Cette instabilité du potentiel sportif, parfois consécutive à des évictions arbitraires, rend difficile le renouvellement progressif des effectifs. Cela se produit depuis trois olympiades et il est problématique dans ce contexte de monter sur le podium.
Cette année, sur les 26 Tunisiens retenus pour Pékin, seulement 5 connaissent l’ambiance olympique: Hatem Ghoula, Oussama Mellouli, les deux en mesure de titiller le podium, Selima Sfar, Mourad Sahraoui et Walid Cherif. Les 21 autres engagés seront -ils au rendez vous en 2012 à Londres? Attendons!
L’image forte traversant tout l’histoire d’un Gammoudi triomphant un 17 octobre 1968 à Mexico, c’est toute la magie des JO, l’empreinte indélébile. La participation ou la présence à la tribune d’honneur n’est qu’un petit espace provisoire....
Hassen MZOUGHI



