Le metteur en scène et concepteur des mégaspectacles, Béchir Drissi, a sollicité le concours de Fayçal Karoui, compositeur, qui se situe en bonne place dans le peloton des musiciens tunisiens, ainsi que la co-mise en scène de Mounir El Argui et Slim Sanhaji, deux artistes à mi-chemin de la vieille garde et des jeunes loups va-t-en-guerre, pour une synergie d’efforts devant accoucher d’un spectacle vivant, digne de la prestigieuse scène de Carthage.
Avec le texte de Dhafer Néji, le projet a pu fusionner en un magma continu, sous les gestes experts de ce groupe et l’alchimie a pu opérer . Le public a apprécié.
Joie discrète, humble, joie immense, joie profonde, joie énorme, joie terrible, joie sauvage, âpre et farouche, joie qui monte et qui déborde sur des rythmes qui emportent des jeunes qui veulent se donner la main, pour vivre et s’entraider en frères pour un plus beau lendemain, est la trame de fond de ce spectacle vivant.
Le décor, signé Youssef Baklouti et Mourad Ben Brika, outre une scène nue comportant à l’avant une dalle de lumière, comporte quelques escaliers modernes et est entourée de chapiteaux, de la porte d’une médina et se prolonge vers les gradins avec la restitution architecturale de l’habitat berbère des villages de montagne. L’arène qui fut dégagée des chaises, servira d’un deuxième plateau pour le metteur en scène qui cherche à dominer l’espace antique en lui posant des questions de notre temps par le biais du ludique.
Il se servira aussi d’un troisième plateau qui surplombe la scène principale et ira même jusqu’à inviter ses comédiens à effectuer des immersions dans le public.
Encens, senteurs, effluves, lumières, images, rien n’est laissé au hasard pour restituer l’ambiance bon enfant et les instants de joie des Tunisiens.
Dans cette production marquante, l’effort est grand et la réalisation à sa mesure, cependant les prestations des différents acteurs du spectacle restent inégales.
D’abord, une mention spéciale pour la musique dont nous a gratifiés Fayçal Karoui. C’est cette composition inédite écrite dans une perspective scénique qui a donné au spectacle tout son sens.
D’ailleurs, l’exercice visuel que propose le spectacle tout au long d’une quinzaine de tableaux (mariage, cérémonie, circoncision, etc.), où l’œil cherche à décoder plusieurs signes ( mots, images, plans, esquisses) entraîne un mouvement de pensée qui ne néglige nullement le travail de lecture musicale que propose la représentation scénique.
C’est, d’ailleurs, cette intime complicité entre le compositeur et le metteur en scène qui a permis une pareille synergie artistique positive.
En effet, il est clair que dans cette nouvelle écriture, Fayçal Karoui a énormément travaillé sur la pulsation rythmique tunisienne qui lui a permis de brasser sans peine tous les genres musicaux et toucher le cœur des jeunes grâce à des touches techno et hip-hop.
Mais pour créer cette ambiance festive, la démarche empruntée par le compositeur Fayçal Karoui repose dans ses œuvres sur l’orchestre, les structures rythmiques tunisiennes et les voix. A part le tableau intitulé le "Rêve" où il joue lui-même un morceau instrumental avec le saxophone a cappella sans accompagnement musical mis en scène par une formidable expression corporelle de dix danseuses et qui a emporté le public dans un voyage spacio-temporel, le reste des compositions où l’on sent la prédominance des instruments à vent ont bénéficié d’un accompagnement.



