Karima Skalli, éthérée et aérienne
Dans un théâtre rempli à tous les niveaux, et jusqu’aux poulaillers, le concert a démarré en trombe avec, en ouverture, une wasla classique comprenant des muwashah et des dawr dans le maqam rast.
Cette assise tarabiya renvoie à une esthétique vocale où l’ornement improvisé sert à embellir la ligne mélodique du maqam ou du mode interprété. Ces compositions signées par le grand ténor Lotfi Bouchnaq étaient chantées par son égérie culte, Karima Skalli. Touchante et émouvante à volonté, elle a réussi à enrober, de sa voie capiteuse et évanescente, les tendres mélodies de fluidité et de mélancolie. Ces muwashah et dawr ont été produits par l’Institut du monde arabe, à Paris.
La fin du prologue annonçait le clou du concert, la principale attraction du spectacle: le répertoire de deux immortelles de la chanson arabe, les Libanaises Laure Daccache et Ismahan. D’abord, avec Ament b’Allah où elle assimile la beauté de son amour à une profession de foi. Ensuite, avec deux des plus belles chansons d’Ismahan, Emta ha taâraf enni bahebak (Quand sauras-tu que c’est toi que j’aime ?) et Y a habibi taala choufelli garali (vois ce qui m’arrive après ton abandon). Des complaintes de caractère plaintif, teintées de nostalgie qui mettent en situation les souffrances qu’entraînent les amours blessées. Des textes bouleversants et violents qui explorent les sentiments humains avec une infinie douceur. Karima Skalli avoue que, depuis toute petite, la voix d’Ismahan a exercé sur elle un puissant ascendant. Pour cette raison, explique-t-elle, elle parvient à exprimer toute l’étendue, la densité et la profondeur du singulier et tragique destin de cette grande figure héraldique de la chanson arabe.
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