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Tunisie: La chéchia, produit artisanal raffiné


(TAP) - Les métiers d'artisanat constituent l'une des spécificités des cultures aussi bien anciennes que modernes où se mêlent tradition, authenticité et techniques innovantes. Ils demeurent un legs précieux pour les générations successives.

A cet égard, la fabrication de la chéchia tunisienne est un art raffiné et répond à des traditions strictes. Quiconque désirant se lancer dans cet artisanat particulier doit auparavant passer un examen approfondi devant un comité désigné d'artisans.

La tradition fait remonter sa fabrication à Kairouan au deuxième siècle de l'hégire (9ème siècle Après JC).

De forme cylindrique, la chéchia, ce bonnet rouge en laine avec gland ou sans gland est introduite en Tunisie, sous sa forme actuelle, par d'habiles artisans andalous venus d'Espagne après la prise de Grenade.

Trouvant en Tunisie et au grand Maghreb une seconde patrie, ils implantent l'artisanat de la chéchia au début du 16ème siècle pour devenir le symbole vestimentaire de notre pays.

Artisanat raffiné et urbain et spécialité exclusive de Tunis, les maitres artisans ou chaouachiyas faisaient partie de l'aristocratie des souks et la chéchia ne tarda pas à occuper trois souks entiers dans la médina de Tunis, tant son succès était grand, ce qui donna du travail à des milliers de personnes.

De nos jours, le musée Ben Abdallah accueille des échantillons du matériel utilisé dans la fabrication de la chéchia. La fabrication de la chéchia se fait en plusieurs phases: le filage de la laine, le tricotage, le foulage, le cardage, la teinture, la mise en forme et les finitions et implique plus de dix personnes avec divers outils et accessoires.

La chéchia traditionnelle est faite de laine peignée tricotée par les femmes qui font les bonnets ''kabbous''.

Ces bonnets sont envoyés au foulage: ils sont mouillés avec l'eau chaude et du savon et les hommes les foulent aux pieds, afin de les détremper, à tel point que les mailles du tricot auront quasiment disparu.

Vient alors le traitement du chardon, qui sert au cardage ou peignage du bonnet, afin de transformer le feutre en velours duveté. Cependant, souvent, le chardon est remplacé par une brosse métallique

C'est à ce stade de la fabrication que la chéchia est teintée de sa célèbre teinte rouge vermillon mais on en trouve désormais des couleurs plus variées. La qualité des eaux joue un rôle important d'où les choix différents pour le foulage et la teinture.

Malgré son importance dans l'histoire et la culture tunisienne, la chéchia a vécu un déclin majeur. Après l'indépendance de la Tunisie et avec l'arrivée des produits manufacturés et de coutumes en provenance de l'Occident, elle a perdu de son importance.

Le port de la chéchia est dorénavant limité aux vacances et aux fêtes religieuses. Les revenus des fabricants s'en ressentent et beaucoup sont amenés à renoncer à cet artisanat.

De plus les gens qui vivent dans la campagne ont abandonné ce couvre-chef traditionnel et fait à la main au profit de ses équivalents moins chers et de fabrication industrielle.

Pourtant, à la fin des années 90, dans le but de revitaliser cette industrie, plusieurs encouragements et mesures ont été institués par l'Etat au profit des artisans qui ont commencé à fabriquer de nouvelles variétés de chéchias de couleurs, de formes et de décorations différentes afin d'attirer une clientèle plus jeune.

Le Président Zine El Abidine Ben Ali a ordonné également la célébration de la journée nationale de l'habit traditionnel le 16 Mars de chaque année en vue d'ancrer la tradition auprès des Tunisiens, en particulier les jeunes et de promouvoir les spécificités culturelles nationales.

L'office national de l'artisanat déploie des efforts louables pour faire connaitre les produits de l'artisanat sur le plan national et international, et ce, à travers l'organisation de plusieurs expositions et foires, en plus de l'encadrement des artisans et des institutions artisanales pour participer aux foires, sans oublier l'organisation chaque année du salon de la création artisanale, le concours ''khomsa d'or'' qui connait la participation de plusieurs jeunes créateurs et la publication de brochures et dépliants consacrés à l'artisanat.
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