Tribune

La dpnalisation de la Zatla par le Prsident Essebsi : raison dEtat ou drision du Pouvoir ?



Jeudi 16 Mars 2017
Asef Ben Ammar (*)

En Tunisie, la Zatla (le cannabis) est cultive incognito dans plusieurs rgions humides; elle est transforme dans divers ateliers clandestins; mais elle est commercialise de plus en plus au grand jour par de vrais criminels dans les lieux publics, ciblant particulirement des consommateurs vulnrables et trs jeunes. Toute une filire conomique lucrative, mafieuse et ramifie autant auprs des producteurs que des dealers et leurs protecteurs nichs dans les cosystmes politiques, scuritaires et juridiques.



Et cela ne sarrte pas l, puisque le caractre clandestin et illgal de cette filire finit par engorger les prisons, donner du travail des centaines de gardiens de prison, des centaines de juges, davocats et autres services lis; le tout aux frais des victimes et de leurs familles. Des lourdes peines et parfois de graves svices sont subits par les jeunes et les moins jeunes dtenus en prison pour cause de consommation de la Zatla. À leur libration, certains finissent en djihadistes et dautres en grands bandits de grands chemins. Il faut dire que les prisons en Tunisie sont conues, gres et finances de manire servir de camps de concentration pouvant tre utiliss comme levier de pouvoir et de pression politique.




La situation des prisons engorges par des dtenus lis la filire du cannabis a t rcupre par le Prsident Essibsi, lors de sa dernire campagne lectorale, et l revoil de nouveau instrumentalise pour affronter les prochaines chances lectorales (lections municipales).



Lenjeu de la dpnalisation de la Zatla par le Prsident de la Tunisie nous rappelle lAmrique du Sud et ses prsidents et hommes de pouvoir ayant eu des proximits complices avec les milieux de la drogue. Plusieurs prsidents latino-amricains ont t dailleurs condamns pour complicit, collusion ou appui aux cartels de la drogue. Ces cartels trs puissants et omniprsents dans les rouages centraux du gouvernement ont toujours eu leurs appuis dans les plus hautes instances de lÉtat. Le prsident Noriega fut condamn pour ces complicits 40 ans de prison ferme, et ce par les Amricains, qui ont vu que les administrs sud-amricains ntaient pas capables dagir contre les cartels et les enjeux de la drogue en prsence. Plein dautres ministres et chefs dÉtat ont mouill dans ces activits illgales et dangereuses pour le dveloppement social et ont t condamns un moment ou un autre de leur vie.



Le prsident Essibsi a runi le Comit de la scurit nationale pour parapher et mettre sa touche propre au dossier de la dpnalisation de la consommation de la Zatla, avec tous les enjeux lis cette filire qui pnalise plus le consommateur que le producteur ou le dealer. Ce Comit de scurit nationale, constitu des ministres les plus puissants dans le gouvernement avait son ordre du jour les modalits de dpnalisation, avec tout un dcorum de signatures de dcisions dj prises, prenant de facto ce Comit comme un cran de fume, un coupe-vent ou encore un pare-chocs dans le contexte prlectoral des lections municipales.



Beaucoup de citoyens peuvent se questionner quant aux vraies raisons de telle prcipitation dans la dpnalisation. Il faut gratter un peu plus lcran de fume li ce processus et ses graves consquences sur les jeunes, sur les valeurs de la Tunisie et sur les ambitions collectives issues de la rvolte de 2011.

Le cannabis : un vicieux dopage pour la croissance
Le Prsident Essibsi sengage personnellement pour allger ou pardonner les peines lies la consommation du Cannabis. Il nest pas le seul, il fait partie de ceux qui pensent que la prohibition est inefficace et pour plusieurs autres raisons dÉtat. On le sait, plusieurs pays europens ont introduit dans leur rforme de calcul de la croissance de leur PIB plusieurs activits illgales et informelles comme le commerce du cannabis et la prostitution. Ces activits, une fois lgalises ou moiti reconnues ont permis de doper la croissance du PIB nerlandais de 0,4 %, de 0,5 % le PIB britannique, de 3% le PIB italien, de 2,56% le PIB de lEspagne. Plein dautres pays et gouvernements sont prts tout pour des rsultats sur le tableau de la croissance du PIB.

En Tunisie de 2017, la Zatla peut tre envisage comme ultime facteur de croissance, dans un contexte morose, dconomie stagnante et des acteurs politiques la recherche de la moindre dcimale dans le calcul de la croissance. Cest hallucinant!



Selon le prestigieux journal The Economist, le cannabis constitue dans le monde une manne de presque 300 milliards $US de chiffre daffaires annuel; ce produit intresse plus de 250 millions de consommateurs illicites. Le journal ajoute le cannabis pourrait constituer un facteur de comptitivit pour lattraction de plus de touristes, particulirement dans les pays prts tout pour promouvoir leur tourisme. Oui, ces pays sont dj en crise et aprs avoir ferm lil sur la pdophilie des touristes, ils peuvent faire un pas additionnel pour agrmenter le tout avec une consommation de cannabis libre et bnie par lÉtat. Le Philippine, la Thalande et dautres pays sont cits dans ce cadre. Mais allons-nous jusqu mettre la Tunisie, pays dclencheur du Printemps arabe dans ce peloton de la honte, suite aux dcisions de Essibsi et de son Conseil de scurit nationale? Question brulante, sil en est!

Dpnaliser la Zalta en Tunisie va probablement allger certains excs notamment au regard des jeunes pris en flagrant dlit de consommation. Mais, cela ne peut se faire correctement sans accompagnements ducatifs et actions de sevrage, le cas chant. Je ne suis pas certain que les analyses menes au sein du gouvernement vont jusque-l. Ce nest pas une mince affaire; dpnaliser, mais encore faut-il que le systme public apporte des nouvelles actions et approches pour aider les jeunes sen sortir de ce pige et prvenir ses nfastes consquences sociales. Cest aussi, une question de moyens et dagenda.

Largument de la lgalisation du cannabis en Tunisie peut tre porteur de votes lors des lections, mais porteur aussi de troubles dans les modalits de mise en uvre et de gestion pnale quand il vient le temps pour distinguer entre les divers consommateurs et ventuellement les diffrentes actions mener pour bien agir.

Largument de la dpnalisation de la Zatla est certainement trs sduisant pour certains conseillers du Prsident et du Chef du gouvernement actuels. Oui, cela peut augmenter la croissance, doper le tourisme et rduire les dpenses publiques (prisons, tribunaux, agent de gardiennage, autres frais par prisonnier). La Ministre des Finances tait prsente la rencontre du Comit de la scurit nationale, mais on ne sait pas si dans ses dossiers feuillets lors de la runion figure une analyse dimpacts du projet prsidentiel voulant relaxer et drglementer les interdictions au sujet de la filire de la Zatla. La comptence et la fiabilit de la Ministre sont en cause, et pas pour la premire fois.

On peut avancer sans trop se tromper que le projet prsidentiel est financirement rentable : plus de dcimales dans le taux de croissance, moins de dpenses publiques et probablement une meilleure attractivit touristique. Mais, il est certainement dficitaire sur le plan social et stratgique. Une telle mesure ne peut que diviser encore plus la Tunisie, crer de lextrmisme religieux (par revanche) et gnrer plus de dlinquances des consommateurs et plus de dviances chez leurs protecteurs nichs au cur de lÉtat.

Drision du pouvoir et dviance de ses valeurs
Nous navons pas vu la Ministre de la Sant sur les clichs communiqus de la runion organise au Palais de Carthage, linitiative du Prsident. Est-ce par omission, par conviction ou par dni que la Ministre de la Sant a t exclue de la rencontre? On peut se demander si les enjeux de sant publique sont pris en compte dans le cadre des processus de relaxation de la lgislation rgissant la filire du cannabis en Tunisie.

Les enjeux et les consquences sont majeurs pour la sant publique : dpendances, impacts nfastes sur le dveloppement du cerveau des jeunes, maladies lies la dpendance, dpenses en sant en flche, sant mentale, etc. Qui a document ces impacts?

Cela dit, on peut se demander comment ce Comit peut tolrer durant la transition dmocratique, une autre transition entre une symbolique dÉtat-Providence et une symbolique dÉtat-Dlinquance.

Le silence assourdissant de certains partis politiques actifs sur la scne politique est de facto, complice dans le contexte prlectoral ambiant.

Le paysage politique est changeant et de plus en plus polycentrique (plusieurs centres de dcision et de pressions), et on peut sattendre un sursaut de conscience la socit civile pour condamner sans rserve ce processus et pour savoir un peu plus sur les vraies raisons de lÉtat. À ce sujet, les observateurs dplorent les dcisions prises sans donnes probantes ni preuves documentes par des valuations dimpacts sur les quilibres sociaux : la cohsion des ambitions, la confiance interrgionale et intergnrationnelle sans parler des valeurs de probit et de courage qui ont toujours anim la Tunisie depuis des sicles.

Limminence des lections municipales force le silence des acteurs politiques, et le Prsident en profite pour forcer le passage institutionnel et dcrter son point de vue.

On peut sattendre ce que la socit civile et les organismes communautaires de la Tunisie dmocratique sopposent fermement ces drives, par des ractions citoyennes, des pressions de contre-pouvoir, voire mme par des plaintes pnales pour prjudice li la dlinquance de lÉtat et du gouvernement en cause.


Asef Ben Ammar, Ph. D.

Analyste en conomie politique


Publi le:2017-03-16 17:02:46


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4 de 4 commentaires pour l'article 139933

Azzah  (France)  |Samedi 18 Mars 2017 à 15h 53m |           
Je ne suis pas sre que le projet consiste dpnaliser la canabis.

J'ai cru comprendre qu'il s'agissait d'viter aux adolescents ayant touch ce poison de se retrouver dans des prisons parmi des adultes d'une autre envergure de dlinquence et de criminalit.

Un jeune que l'ont enferme parmi des adultes finit par se faire violenter, violer, brutaliser jusqu' dtruire en lui toute forme d'humanit; ces jeunes finissent par se transformer en fous et ne peuvent plus retrouver un quilibre, une me humaine.

La prison brise les jeunes alors qu'ils ont besoin d'tre repris en main, aids se reconstruire dans le peu qu'ils ont eu perdre avec l'alcool ou le cannabis.

Il ne s'agit pas, et je ne le souhaite pas, de libraliser le cannabis. Il faut au contraire le combattre.

Il s'agit de crer des structures d'enfermement propres aux adolescents et aux jeunes, distinctes en tout des prisons pour adultes, dans lesquels ils seront suivis, repris en mains, et dans lesquels ils pourront reprendre leurs tudes, jusqu' en sortir reconstruits pour affronter une vie responsable.

Maintenant, si le prsident joue sur deux fronts, ce qui ne m'tonnerait pas de lui car c'est ce que nous avons vu de lui depuis les annes de sa jeunesse d'avocat rus, il faut se prparer faire opposition la libralisation pure et simple de ce poison.

Quand on travaille proximit de jeunes soumis l'alcool ou aux drogues on ne peut qu'tre opposs toute lgalisation de leur vente.

Celui ou celle qui y met les pieds devient un tre dmuni de toute matrise de soi, un tre capable de tous les dlits pour se payer sa dose d'alcool ou de drogue y compris celui qui consiste voler et frapper son pre, sa mre, son frre, sa soeur, ses enfants; quand il est sous l'effet de ce poison un homme viole son enfants sans vergogne parce que rien ne le retient, rien ne contrle ses pulsions.

Les crises gnres par manque transforment la personne en bte sauvage.

Une personne alccolise ou drogue n'est pas une problme pour elle-mme seulement mais pour ses proches en premeir lieu, et par extension un problme pour le restant de l'humanit.

Vous trompent ceux qui veulent la vente libre de l'alcool et des drogues en vous disant que ces produits vous apportent des moments de bien-tre en tte--tte avec soi. Tout produit enivrant vous amne ne plus vouloir autre chose que l'enivrement qui est la ngation du soi, et la perte de la matrise de ses actes ce qui est une mise en danger de l'intgrit du corps des autres (enfants, conjoint, parent).

Je vois les femmes dmocrates trs intresses par cette libralisation ventuelle et que pour rien au monde je ne souhaite : elles semblent ne pas avoir de femmes battues par des maris alccoliss, pas assez de quoi justifier leurs besoins d'aides financires europennes (cette europe empoisonneuse). Il leur faut davantage de cas de "violences faites aux femmes" lesquelles ne peuvent pas provenir de maris sobres, vous en conviendrez. Un mari
zatlis cogne sur sa femme cela donne un cas supplmentaire soit la garantie d'une enveloppe en plus.

Les enfants qui seront viols par leurs pres zatlis devenu inconscient de ses actes ? ou prostitus par leur mre zatlise pour qu'ils lui rapportent de quoi se payer une dose ? cela en feront-elle quoi nos "femmes dmocrates"...

n'est-ce pas l la preuve que ces dites fministes ne s'agitent que pour des subventions ?

n'est ca pas l la preuve que nos "lites" agissent pour le pourrissement de la socit tunisienne alors qu'une lite normalement contitue agit pour le progrs et le bien-tre du peuple dont elle est issue (si elle veut en faire partie).

Mah20  (France)  |Jeudi 16 Mars 2017 à 16h 07m |           
La grande question est de savoir si l on assume ou non son statut de pays dmocrate qui reconnat l individu comme un tre majeur, capable de choix conscient d adulte et non comme un tre mineur dirigeable et infantilis.... mme en prsence d arrire penses politiciennes ,la dmocratie suppose l lvation de ses dtenteurs au rang de citoyens libre et qui se dterminent pleinement!on est libre jusqu' limite de la libert d autrui! La
religion,les choix de vie,l orientation sexuelle,l opinion politique, et globalement toutes liberts fondamentales non intentatoires celle d autrui sont ,de faon imprescriptible ,d ordre PRIVÉ.......une entorse cette rgle et c est les prmisses de la dictature ainsi que son corollaire la privation des liberts souvent des fins de manipulation et de drivations pour l tat tyran protecteur de l ordre ((....)et de la morale.....pour
entraver les questionnements essentiels de pouvoir de dmocratie et de lgitimit! L tat ' pater familias " contre l tat de droit....

Ben Jensen  (Denmark)  |Jeudi 16 Mars 2017 à 13h 15m |           

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Hassine Hamza  (Tunisia)  |Jeudi 16 Mars 2017 à 11h 50m |           



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